1905. Séparation de l'Eglise et de l'Etat
Note : Cet article est illustré d'archives paroissiales et familiales mais aussi de photos et de caricatures d'une époque aux sentiments exacerbés où il était de bon ton d'être anti-clérical.
Le 9 décembre dernier nous aurions pu faire triste mémoire d’un évènement vécu très douloureusement par bien des français, je veux parler de la loi de séparation de l’église et de l’état promulguée en l’année 1905.
Dans notre église le clergé et les paroissiens sont partagés entre l’obéissance et la révolte, la Fabrique (conseil de gestion), entre le désespoir, le refus de voir l’église être ruinée et la résignation.
Dès la fin du 19ème siècle la gestion de l’église subit les prémices des tensions avec l’état qui enveniment même certains rapports.
La préoccupation principale et continuelle de M.de Falloy, le trésorier de la Fabrique (le clergé avait aussi son propre vicaire trésorier) est de voir en fin d’année les comptes équilibrés.
Mais la préoccupation tourne en inquiétude lorsqu’une grève des tendeurs (employés qui posaient les tentures dans l’église) et des cochers des pompes funèbres éclatent en 1891, une gratification de 300 frs est leur revendication. Comme elle leur est accordée et imputée à la part revenant aux Fabriques, celle de notre église subira une baisse de 1% sur les revenus des convois (une des principales sources de revenus pour la vie de l’église avec le produit des chaises) à partir du mois de janvier 1892. La réponse est immédiate sous forme de projet de suppression du poste d'organiste d'accompagnement du Chœur. Le conseil de Fabrique estime que le Maître de Chapelle joue de l'orgue comme dans toutes les maîtrises les plus renommées et qu’il peut donc le remplacer.
Heureusement en cette fin d’année 1891 le trésorier ne peut que constater l’équilibre du budget : recettes 89 556,58frs , dépenses 89 029,49frs.

L’année 1892 s’annonce sous de sombres auspices et cette réduction de revenus n’est pas le seul facteur d’inquiétude. Une quête de l’économie est alors lancée par le trésorier qui constate qu’il n’a jamais vu le donneur d'eau bénite, payé 300frs l'année, à la porte de l'église; aussi propose-t-il de ne plus le payer.

Après les tendeurs et les cochers c’est au tour des souffleurs de se rebeller. Ils refusent de se rendre à l'appel de l'organiste pour venir travailler lors de cérémonies à certains jours de la semaine. L'organiste propose une formule d'engagement à signer (ceux qui la refuseraient seraient congédiés), Le conseil de fabrique rédige le formulaire ainsi :
« Je soussigné (nom et prénoms) m'engage moyennant une rétribution de quinze francs par mois, qui me sera payée par le trésorier de la fabrique de St François-Xavier, à exercer l'emploi de souffleur du grand orgue de cette église, tous les dimanches à la grand' messe, aux vêpres et au salut, aux cérémonies du jeudi saint, du samedi saint, du jour des morts, de l'Ascension, de la Pentecôte, de l'adoration Perpétuelle et de toutes les grandes fêtes qui sont célébrées pendant la semaine. »
Le plus sombre est à venir quand est adopté le principe d’un contrôle de plus en plus stricte de la comptabilité des Fabriques; notre trésorier alerte immédiatement le Conseil du danger des nouvelles instructions de l’état et notamment d’interdire à tout fabricien d’être trésorier de la Fabrique.
« Il vous reste à examiner Messieurs s'il ne serait pas plus avantageux au point de vue des intérêts bien entendu de la Fabrique de prendre dès le 1er janvier prochain la comptabilité en partie double qui permet de suivre et de contrôler jour par jour toutes les recettes et les dépenses qui doivent ainsi être produites à jour fixe, que de continuer les errements passés c'est-à-dire d'avoir un vicaire trésorier dont nul plus que moi ne respecte l'honorabilité, mais qui perçoit directement tous les revenus sauf celui des pompes funèbres et qui ne donne sa comptabilité du mois que le mois suivant, alors que toutes les dépenses sont payées et qu'il n'y a plus qu'à les enregistrer. Si vous adoptiez dès à présent la comptabilité en partie double je pourrais m'en occuper toute l'année 1893 tout en restant membre de la fabrique et au mois de décembre prochain je donnerais ma démission et deviendrais comptable afin de ne pas introduire un étranger dans nos finances. C'est une arme de guerre du gouvernement contre les fabriques et qui serait dangereuse avec notre budget secret. Vous nommeriez alors un nouveau trésorier de fabrique dont le rôle serait purement fictif et je me chargerais de tout le travail. »
Les difficultés s’intensifient, l’inquiétude suit et les demandes de nouvelles mesures du trésorier au curé se radicalisent :
« Je crois devoir avoir l'honneur de vous prévenir que pour que notre budget puisse s'équilibrer il serait indispensable que vous ayez la bonté, d'ici à la fin de l'année, de ne plus autoriser de quêtes étrangères, et que toutes celles qui seront faites revinssent au budget. Les pompes funèbres ne donnent plus que 35% et les recettes diminuent (fin octobre 1892) »
D’un côté les demandes prennent de l’ampleur, de l’autre de nouveaux dispositifs de gestion entraînent consignes et restrictions :
« J'ai l'honneur de vous informer qu'il a été décidé que la comptabilité de la Fabrique serait tenue, en partie double, à dater du 1er janvier 1893. M. le vicaire trésorier Rousseau n'exercera donc plus ses fonctions, à partir du même jour, et je vous prie de lui dire combien je le regrette, ayant pu apprécier son zèle et son dévouement. La comptabilité qui va s'ouvrir exigeant que les recettes et les dépenses soient inscrites sur le livre journal, sur le livre de caisse et sur les comptes accessoires, jour après jour.
Je vous prie d'avoir la bonté de faire connaître à messieurs les membres du clergé, et aux employés et serviteurs de l'église que toute dépense devra faire l'objet d'une facture sur papier libre si la somme ne dépasse pas dix francs, et sur papier recette d'un timbre quittance de 10 centimes si elle l'excède (le timbre quittance doit être oblitéré par la signature et la date) qu'aucun travail de quelque nature que ce soit ne doit être entrepris et commencé par un entrepreneur sans l'attache préalable du trésorier, et que toute dépense irrégulière restera pour le compte de celui qui l'aura entreprise. Toutes ces mesures d'ordre sont rigoureusement exigées par la nouvelle comptabilité.
Je vous serais également très reconnaissant de prier messieurs les premier et second vicaire de continuer à s'occuper des mariages et des convois et offices funèbres ainsi que de la cire revenant à la fabrique et M. l'abbé Rousseau des quêtes, des recettes diverses, des messes pour les fondations jusqu'à concurrence de 259francs, du tronc pour l'entretien de l'église et du produit des chaises. Ces messieurs me passeront directement les produits et s'ils ont des dépenses je leur réglerai sur facture, aucune dépense ne devant être payée que par moi. C'est également moi qui paierai les appointements désormais. »
En dehors des combinaisons possibles pour enregistrer des recettes dans les chapitres appropriés, le Conseil de Fabrique nous apprend que les tendeurs des pompes funèbres reçoivent beaucoup plus dans notre église que partout ailleurs et que la contribution perçue par les cochers passe de 0,50 F à 0,90 F par convoi.

Tentures et corbillard pour les obsèques d'un enfant. (noter l'échelle oubliée à droite !)
Au mois de mai 1893, de nouvelles tracasseries administratives transforment l’inquiétude, qui prend alors le visage de l’angoisse.
« Le Conseil de Fabrique, qui devait se réunir aujourd'hui, est remis aux calendes grecques, notre Président et notre Curé étant absents, ce dernier jusqu'à la fin de juin. Il va à Jérusalem. Ce qu'il y a de pis, c'est que l'on m'a renvoyé le budget que nous avions fait, pour être refait sur le nouveau modèle, et que je ne sais quand le Conseil pourra se réunir pour signer le nouveau. Tout cela est bien ennuyeux. Il est évident que notre vénéré Cardinal devrait réunir tous les présidents et tous les trésoriers des fabriques pour aviser, en commun, aux mesures à prendre. Le cas est grave. Pour moi, ou il faudra cacher des ressources et si c'est découvert, ce qui le serait infailliblement, c'est la police correctionnelle pour le curé, le président et le trésorier, ou, si l'on joue cartes sur tables, c'est la ruine, à bref délai, pour le clergé, but que l'on poursuit et que l'on atteindra, avec les francs-maçons qui nous gouvernent. »
Et le ton monte. Aux tracasseries administratives, s’ajoutent celles des travaux de l’église parce que le préfet demande la réparation du perron de l'église, la pose d'asphalte du parvis et la peinture des grilles et des soupiraux. La réponse de la Fabrique est unanime et catégorique, le refus, c'est à la ville de le faire puisque l'église a été construite par l'état, répond le Conseil.
En décembre 1893 les coupes budgétaires prennent des allures inhabituelles : « Plus de pourboires aux tendeurs ni aux cochers, le budget ne le permet plus, le conseil paiera sa part pour les messes de fondations (intentions de messes particulières) mais ne paiera plus les messes des catéchismes ni celles de la conversion des pêcheurs. »
S’ajoutent de nouvelles dispositions qui plongent notre infatigable trésorier dans un profond malaise :
« Pardon mon cher collègue de vous importuner encore mais je crois devoir avoir l'honneur de vous dire ce que je sais et vous demander d'autre part ce que vous savez dans le désarroi où nous sommes faute d'instruction. (…) J’ai reçu les nouvelles formules du budget. Les instructions du ministre ne paraîtront pas avant le 1er janvier et que l'archevêché ne tiendrait pas compte du 2è§ de l'art. 29 du décret du 27 mars 1893 et que les curés de Paris ou du moins un très grand nombre se sont réunis et ont décidé de ne rien communiquer du casuel aux trésoriers ce qui les met ipso facto dans la catégorie des comptabilités occultes. Ou allons nous aussi sans direction ? »
Ne parlons pas des difficultés avec un employé, une retenue de 12 frs est demandée par le Conseil à l'encontre d’un bedeau pour négligence (la nature n’est pas précisée) constatée dans ses fonctions. Le curé dit que ce bedeau est un excellent serviteur et propose de passer l'éponge. Refus du Conseil car cette retenue peut servir d'exemple. Le curé propose une réduction de moitié et le Conseil accepte la retenue de 6 frs ou encore avec les ‘serviteurs de l’église’ En ce moment je ne sais quel trafic font les serviteurs de l'église avec les tronçons de cierges. Je me propose de passer un marché avec la cirie de la Fabrique afin qu'il reprenne au poids les débris de cierge. (marché qui prendra fin au début des années 1990 avec l’arrivée des veilleuses) et d’autres consignes de plus en plus pointilleuses; désormais, doivent apparaître sur les factures le nombre de cierges, le poids de chaque cierge (inimaginable actuellement) et à combien le kilo.
Les premiers mois de 1894 sont exclusivement consacrés à l’érection du nouvel autel principal et à la grandiose célébration de consécration de notre église et de son nouvel autel (j’en ferai le récit au mois de mai prochain)
La fin de cette même année et les débuts de 1895 laissent place aux lendemains de fête qui déchantent comme ils retrouvent les tourments au contour de chipotages et de joutes avec la ville de Paris pour une question d’horloges arrêtées depuis des mois et des mois et qui provoquent de nombreuses protestations des propriétaires environnants. Elles seront finalement réparées par la ville grâce à l'intervention du conseiller général Lerolle (de la famille du peintre Henry Lerolle) alors qu'un devis allait être demandé aux horlogers du chemin de fer de Paris-Lyon-Méditerranée.
Dix ans auparavant une dispute avait déjà éclaté à propos de la sonnerie des cloches lorsqu’un courrier du préfet lui-même réclamait la sonnerie, qualifiée de caractère municipal, de l'horloge de l'église qui a été suspendue à la suite des travaux du beffroi ainsi que la menuiserie des suspensions des cloches. Le curé avait répondu que l'horloge ayant un caractère municipal et non paroissial c'était à la ville de parer à ce problème et non à la fabrique pour faire rétablir cette sonnerie.
Si ce ne sont pas les horloges ou les cloches, c’est la pose de nouvelles statues qui n’aurait pas eu l’autorisation nécessaire dit l’architecte municipal. Le trésorier répond « J'ai l'honneur de vous informer que d'après les renseignements qui m'ont été fournis par M. le curé la pose des deux grandes statues de St François-Xavier et de Saint Denis a été autorisée par votre prédécesseur M.Vaudremer. Dans ces conditions, comme elles existent depuis 3 ans il y aurait de graves inconvénients à revenir sur une autorisation accordée, eu égard surtout à la vénération dont elles sont l'objet de la part des paroissiens qui y ont placé plusieurs ex-voto »
Le spectre du manque de ressources tend à l’obsession et la musique se retrouve sur la sellette
« J'ai l'honneur de vous informer que sous aucun prétexte vous ne devez tolérer qu'aucune femme ne s'introduise parmi votre orchestre, à toute personne qui vous le demanderait vous devez répondre que je vous l'ai défendu comme délégué du Conseil, et que c'est à moi seul qu'il y a lieu de s'adresser et que je ne permettrai pas. Le manque de ressources budgétaires nous obligeant à rechercher quelles économies nous serions obligés à réaliser, sur décision du conseil en ce qui concerne notamment le chant et la musique j'ai l'honneur de vous prier d'examiner confidentiellement 1° s'il ne serait pas possible de supprimer l'organiste du grand orgue en obligeant celui de l'orgue d'accompagnement à jouer au grand orgue à l'offertoire et à la sortie de la grand'messe, le reste du temps, au commencement de la grand messe, aux vêpres, au magnificat et au salut il jouerait sans se déranger de sa place.
Vous aurez à me faire connaître s'il y aurait d'autres mesures à prendre pour assurer complètement ce service en cas de suppression de l'organiste du grand orgue. Vous aurez également à m'indiquer s'il ne serait pas possible de supprimer l'un de vos chanteurs, M.Cordier par exemple qui s'absente souvent chante très peu et qui pourrait recevoir des cachets aux grandes fêtes religieuses. Il est bien entendu que je compte sur votre sagesse qui m'est bien connue pour garder pour vous seul cette communication. Du reste votre responsabilité ne serait jamais engagée vis à vis de vos subordonnés car c'est le Conseil qui prendrait les mesures s'il y avait lieu. Enfin la cour des comptes exige des pièces justificatives pour la somme de 300frs que vous recevez sous le titre de suppléments et fêtes. Vous aurez trimestriellement à les produire »
Le couperet tombe au mois de mars 1896 « J'ai l'honneur de vous informer qu'à mon grand regret le Conseil de Fabrique a décidé que M.Cordier, basse chanteuse, ne ferait plus partie du chœur de chant à partir du 1er mai. Veuillez en informer cet excellent artiste que je le répète, j'ai le regret de voir s'en aller. »
Rien ne va plus même dans l’intendance puisqu’une note du Conseil vient sanctionner la lingerie : « La blanchisserie réalisée par les sœurs de Picpus laisse à désirer de plus elles ne restent plus sur le territoire de la paroisse. Ce sont les sœurs de St Vincent de Paul qui l'assureront désormais (maison de la Providence, 3 rue Oudinot, qui disparaîtra au lendemain de la loi de séparation) »
Et le spectre tourne au cauchemar dans ce courrier invraisemblable, absolument inouï en date du 20 septembre 1896
« Monsieur l'archidiacre, (l'abbé bureau archidiacre de Ste Geneviève)
Pour répondre au désir que vous avez bien voulu me manifester, j'ai l'honneur de vous résumer brièvement mon desiderata.
1° Situation actuelle. D'une part, la plupart de toutes les communautés
religieuses qui sont sur la paroisse de SFX célèbrent dans leurs chapelles les obsèques des personnes mortes dans leur maison et ne paient aucun droit à la paroisse. Pour ne citer que deux exemples. Dans le milieu du mois d'août on a fait le convoi solennel de Mgr Ferriere dans la chapelle des Lazaristes parce qu'il était mort dans la maison; au commencement de ce mois une sœur de Saint Vincent de Paul est décédée des suites d'un accident de chemin de fer. Le service religieux a été fait dans la communauté de la rue du Bac. Dans ces deux cas la paroisse n'a pas, que je sache, touché un centime.
2° Besoins de la Fabrique. La paroisse a un besoin urgent de toutes les ressources auxquelles elle a droit et mon devoir est de les lui faire obtenir. Nous avons beaucoup de charges, beaucoup de dettes, notamment deux années d'annuités de chaises.
Nous avons du, à mon très grand regret faire une retenue sur tout le personnel et j'ai hâte de la lever. Comme trésorier de la Fabrique, j'ai l'honneur de vous prier instamment de faire cesser ces abus. Je demande à ce que, dorénavant pour les pensionnaires et les domestiques des communautés religieuses qui viendront à décéder dans ces maisons leurs corps soient transportés à l'église paroissiale pour la cérémonie religieuse et la sépulture, à ce que, si pour les religieux on fait la cérémonie dans la chapelle de leur communauté respective, la communauté soit tenue, obligatoirement, d'avertir M. le curé ou M. le 2è vicaire chargé des convois et d'acquitter un droit envers la Fabrique. Si je suis bien informé, ce que je crois, les choses se passent ainsi dans la paroisse de Vaugirard de Charenton (noviciat des Dames du Sacré Chœur à Confland)
En résumé, Monsieur l'archidiacre, je ferais abandon des droits de la Fabrique pour les années antérieures à 1896 mais je désirerais très vivement que cette mesure fut appliquée pour l'exercice courant à partir du 1er janvier 1896, et qu'à l'avenir cette règle soit strictement observée en conformité du Rituale Parisiense des acquis N°12 p.536. »
Nous ne savons pas si cette règle a bien été observée dans notre église, par contre la situation confirme le trésorier dans son opiniâtreté, le processus des mesures continuent et doit contribuer à ne pas perdre un seul centime. C’est le cas du choix des quêteurs « Le conseil de fabrique décide que les quêtes ne devront jamais être faites par les sacristains ou serviteurs de l'église ou par les servants de messe. Désormais elles seront assurées par les vicaires ou les prêtres habitués. »
Puisqu’une une partie du produit des pompes funèbres sert à payer les honoraires du clergé, des officiers et des serviteurs de l'église et que ce produit ne répond plus aux espérances de notre trésorier, sa persévérance dans cette intraitable chasse à l’économie n’en finit plus d’étonner « le Conseil décide, qu'à partir de ce jour, les honoraires du diacre et du diacre d'office seront réduits à 2000f par an (sans retenue de dixième) et que les honoraires du prêtre habitué sont réduits à deux francs par jour, c'est-à-dire à 720f par an. Egalement, les chantres paieront les frais de correspondance nécessités par leur éloignement de l'église. »
En juin 1897 le ton monte pour ce qui est des quêtes et du choix des quêteurs : « Ainsi que vous le savez, à différentes reprises, et tout récemment encore, le Conseil de Fabrique voyant les quêtes diminuer de plus en plus, a décidé qu'un prélèvement serait fait sur les quêtes pour l'archevêché et qu'il ne serait plus fait de quêtes étrangères à la paroisse. La vie devient de plus en plus difficile et il est évident que le paroissien qui sait qu'en sortant il doit encore donner, donnera beaucoup moins ou ne donnera plus du tout à la quête faite pour les besoins du culte.
J'ai donc l'honneur, monsieur le Curé, d'appeler votre sérieuse attention sur l'urgente nécessité qu'il y a de tenir compte de la décision du Conseil de Fabrique en supprimant toute quête étrangère aux oeuvres paroissiales. Permettez-moi aussi, monsieur le Curé, de vous signaler un fait que j'ai vu se répéter souvent, c'est l'absence d'un prêtre Vicaire de garde l'après-midi. Comme vous devez le comprendre il est nécessaire qu'un prêtre soit là pour répondre aux nécessités du culte. Malgré le désir qui a été exprimé par le Conseil de Fabrique, la quête continue à être faite à presque toutes les messes basses par un enfant de chœur, un servant de messe ou un aumônier. Je serais très obligé de vouloir bien m'accuser réception de cette lettre par écrit pour notre justification près du Conseil, signé le président du bureau »
L’orage finit par éclater quelques jours après « Vous avez eu l'obligeance de nous faire connaître, que désormais, à partir de 7 heures du matin, toutes les quêtes seraient faites par un vicaire de la paroisse. A la messe de 1h hier, dimanche, la quête a été faite par un enfant de chœur. Dans ces circonstances notre rôle devient inutile en conséquence nous avons l'honneur de vous informer, monsieur le trésorier et moi (le président du bureau) qu'au mois de décembre prochain nous offrirons notre démission motivée au Conseil de Fabrique qui aura à pourvoir à notre remplacement. »
Autant vous dire que le curé a refusé de se séparer de paroissiens aussi scrupuleux, comme ceux-ci n’ont pu abandonner une situation, qui quelques jours plus tard, vire au drame. Le curé tombe gravement malade et son confesseur a été appelé, S.E. le Cardinal prévenu. Il a reçu ce matin l'extrême onction et l'on redoute une catastrophe. Et la catastrophe redoutée est annoncée par le trésorier le 2 juillet 1897 « Par suite à ma lettre de ce jour, j'ai le pénible regret de vous annoncer le décès de M. le curé Rivié survenu ce matin à 9 heures. »
La situation financière est si critique, une note révèle que dans toutes les paroisses de Paris il est constaté une diminution constante des recettes, qu’à peine deux jours après ce décès le président du bureau et le trésorier envoient ce très singulier courrier au président de la Fabrique, le Duc de Doudeauville :
« M.l'abbé Fechoy nous a fait connaître que vous lui aviez dit que ce serait la Fabrique qui paierait les frais du convoi de M. le curé. M. le trésorier et moi avons l'honneur de vous exposer qu'aucun article du budget ne comporte cette dépense et que par conséquent nous sommes administrativement hors d'état de payer. De plus nous allons avoir des travaux imprévus à la toiture de la chapelle de la Ste Vierge. Ces travaux sont urgents puisqu'il tombe des fragments de pierre de la voûte. Ils sont estimés à près de 4000frs que nous sommes également hors d'état de solder. […] Si vous ne devez pas assister mardi au convoi de M. le Curé, je vous serais reconnaissant de me faire connaître par le télégraphe ce que vous aurez décidé. » C'est à la fabrique de se conformer à l'usage et que l'on ne peut faire autrement répond le président de la Fabrique. Quant au montant des travaux ils feront l’objet d’une demande de crédits auprès du chancelier.
La chasse à l’économie devient une véritable course, que dis-je un marathon, et notre trésorier s’acharne sur la musique en évoquant la possibilité de métamorphoser l'organiste titulaire en organiste au cachet, de baisser le traitement de l'organiste plutôt que celui du maître de chapelle justifié par les vacances qu'il prend un tiers de l'année ou plus radical encore, supprimer le grand orgue complètement sauf les jours de fêtes, ainsi il n’y aura plus à rémunérer ni organistes ni souffleurs. L'éclairage aussi est un facteur d’économie, il se penche même sur le lieu des offices puisqu’il est question de les transférer du chœur à la chapelle de la Ste Vierge.
Cette folie s’empare des paroissiens, l’absurdité est atteinte lorsque les fidèles eux-mêmes discutent les demandes du chaisier, du jamais vu, il est vrai que les prix changent trop souvent afin de concilier recettes et accueil des plus pauvres. L’affichage des tarifs est même exigé !!! Le paroxysme des joutes est à mettre à l’actif de ce courrier envoyé au receveur municipal qui résume que trop bien le profond malaise qui règne « Nous n'avons reçu, qu'aujourd'hui, votre note, nous disant que si nous ne payons pas le 3ème trimestre du gaz, le gaz sera enlevé à l'église. Cette note va être acquittée aujourd'hui même. A mon tour je vous dirai, monsieur, que, si d'ici à 5 jours nous ne recevons pas les états du 4ème trimestre du gaz, et s'il y a lieu ceux relatifs à l'eau et au curage des égouts, comme l'exercice se termine à la fin du mois, vous ne pourrez plus être payé de longtemps et que ce sera absolument de votre faute. J'ajoute que si, désormais, nous ne recevons pas ces états dans le mois qui suivra le trimestre, le Conseil de Fabrique acceptera les propositions que lui sont faites et éclairera l'église, la chapelle et le presbytère à l'électricité. »
Cette lettre pourrait prêter à sourire si elle était enlevée d’un contexte qui devient tellement lourd que l’on évoque déjà les mesures les plus draconiennes dans cette note de février 1905 : « Les mesures à réfléchir pour subvenir à la suppression du monopole des pompes funèbres aboutiraient à la hausse du tarif des chaises et au sacrifice par le Curé, le clergé, le personnel du Chœur, de la maîtrise et des employés. La gratification des employés de l'administration sera maintenue mais réduite. »

Le coup de tonnerre retentit le 9 décembre 1905 avec la promulgation de la loi de séparation de l'Eglise et de l'Etat (votée le 3 juillet). Pour l'Eglise c'est un coup de massue. Lorsque le 23 janvier 1906, le Curé reçoit une notification, un procès-verbal de la dite notification et une convocation en date du 16 pour effectuer un inventaire des biens mobiliers et immobiliers de toute nature le mercredi 31 janvier à 2h de l'après-midi; il en prend connaissance mais refuse de signer le procès-verbal. Le dimanche précédent l'inventaire il en informe les paroissiens, il ajoute que personne ne peut s'opposer à ce qu'ils y assistent. Le jour et heure fixés, les paroissiens accueillent les officiers de la ville en manifestant leur désapprobation par une sorte de grognements bien rythmés et rien ne se passera comme prévu par les deux parties.

Echafourrées devant une église lors d'un inventaire.
« L'an 1906, le mercredi 31 janvier à deux heures de l'après-midi, nous Falques, sous-inspecteur de l'enregistrement et des domaines, dûment commissionné et assermenté, spécialement délégué par Monsieur le président de l'enregistrement et du timbre, à Paris 13 rue de la Banque, pour présider à l'inventaire descriptif et estimatif des biens de toute nature possédés et détenus par la Fabrique de l'église St François-Xavier, accompagné et assisté de Monsieur Delabie, adjoint au maire du septième arrondissement, désigné par Monsieur le Préfet de la Seine, pour assister à l'ouverture du dit inventaire, nous nous sommes présentés aux portes de l'Eglise St François-Xavier Boulevard des Invalides, nous avons trouvé l'église remplie de fidèles, hommes et femmes, après avoir traversé ce groupe d'où sortaient des cris hostiles nous avons été reçus à l'entrée de la nef par Monsieur le curé de St François-Xavier, revêtu du costume sacerdotal entouré de tout le clergé et des membres du Conseil de Fabrique lequel nous a déclaré qu'il protestait contre l'exécution de l'inventaire et nous a lu une protestation, dont il a demandé l'insertion au procès verbal. Après lecture et sans que la protestation nous ait été remise nous avons été entourés ainsi que Monsieur l'adjoint au maire bousculés, frappés et poussés à la porte de l'église. Nous nous sommes retirés et nous avons dressé le présent procès-verbal pour être transmis à qui de droit. Le sous inspecteur signé Falques. »
Dès la fin de ce premier acte le curé rédige cette lettre au Cardinal :
« Monseigneur,
Pour me conformer aux instructions de votre Eminence, je m'empresse de vous envoyer le compte-rendu de ce qui s'est passé aujourd'hui, à l'occasion de l'inventaire. A deux heures, lorsque l'agent des domaines s'est présenté au bas de l'église, je lui ai lu ma protestation, entouré des membres du Conseil de Fabrique et des messieurs de ma paroisse, au nombre de plusieurs centaines, ma lecture terminée, un cri formidable s'est élevé à la porte et une poussée s'est produite, poussée irrésistible qui a mis l'agent dehors. Une bagarre s'en est suivie aux portes de l'église et quatre personnes ont été arrêtées. Les fidèles qui remplissaient l'église ont entonné 'Nous Voulons Dieu'. Immédiatement du haut de la chaire, j'ai fait chanter trois fois Parce Dominé, trois fois Cor Jesu, j'ai lu la consécration au Sacré-Coeur et tout s'est terminé par la bénédiction du Saint Ciboire. Et alors, sur le conseil de mes vicaires de Messieurs les Fabriciens, de M. Lerolle, j'ai fait fermer l'église à 3 heures.
Il est cinq heures, quand je ferme cette lettre et il ne s'est rien produit de nouveau. En résumé, monseigneur, j'avais tout préparé pour que les instructions de votre Eminence fussent rigoureusement observées mais je n'ai rien pu exécuter de mon programme, tout ce qui s'est fait est venu d'une force supérieure à laquelle rien n'a pu résister. En terminant, je tiens à envoyer à votre éminence le texte de l'avis que j'ai donné dimanche à mes paroissiens pour les prévenir de l'inventaire: "Mes frères, j'ai la douleur de vous annoncer que l'inventaire du mobilier de notre église, imposée par la loi de séparation, commence mercredi prochain, 31 janvier à 2 heures." Je tiens à vous dire que vous avez le droit d'y assister, personne ne peut vous contester ce droit. Les fidèles présents dans l'église réciteront le rosaire. Pas un mot de plus.
Daignez agréer, monseigneur l'hommage des sentiments profondément respectueux avec lesquels j'ai l'honneur d'être de votre Eminence le très humble et très obéissant serviteur. C. Gréa »
Dans le mémento paroissial le rédacteur raconte « Jour annoncé par le fisc pour l'inventaire de l'église SFX, à 2 heures, M. Gréa, curé, duc de Doudeauville, président du Conseil, duc de Rohan, Bertheault, président du bureau, Baron de Montigny, trésorier, comte de Brisac, Audisio, membres du Conseil de Fabrique vont attendre le receveur des domaines au bas de l'église avec l'intention d'exécuter à la lettre les instructions de Son Em. Le Cardinal Richard, archevêque de Paris, instructions qui étaient de recevoir l'agent, de lui lire une protestation et de l'accompagner passivement partout, c'est-à-dire, sans le diriger, ni l'aider d'aucune manière. M. le Curé termine à peine la lecture de sa protestation que des cris violents s'élèvent au bas de l'église, à la porte et l'agent du domaine est poussé dehors et se retire après quelques bagarres. Plusieurs arrestations sont opérées, quelques-unes unes maintenues. Deux jeunes gens de la paroisse sont traduits avec flagrants délits et condamnés chacun à 6 mois de prison. Du même chef, M. le Curé de SFX est inculpé de résistance à la loi de séparation et de complicité de violences. »

L'inventaire aura finalement lieu le 14 février à six heures un quart du matin pour se terminer à neuf heures. Tout y passe, absolument tout, même des linges comme les purificatoires ou les amicts, les aubes et les chaises, tout est classé par lieu et estimé excepté plusieurs livres de comptabilité sans valeur ainsi que le mobilier de grande valeur, toutes les peintures sur pierre, les sculptures, les marbres...

La Cène du Tintoret ... estimé à 250 frs or.
Ainsi nous apprenons qu'un harmonium est estimé près de quatre fois plus que le tableau le "Crucifiement de St Pierre" (don de Mme la baronne du Teil), que la "Cène du Tintoret" est estimée à 250frs, francs or certes mais tout de même quand on pense qu’en 1979 à l’occasion d’un prêt pour une exposition à Nice il a été assuré pour la somme de 3 millions de francs, nouveaux bien sûr. Qu'il existait une chaire portative à la chapelle de la Ste Vierge, quant à l'armoire à trois clefs prévues par un décret du 30 décembre 1809, le curé refuse d'indiquer son emplacement. Après recherche, elle est trouvée mais devant le nouveau refus de M. le curé de fournir les clés un serrurier est requis pour procéder à l'ouverture qui prend trois-quarts d'heure, le curé refusera d'ailleurs de fournir toutes clés d'armoires. Elles renferment les vases sacrés mais devaient contenir de l'argent, les titres de créances, inventaire, toutes valeurs et pièces que le curé se refuse formellement à présenter. La recherche de l’agent du domaine sera veine. A la fin de l'inventaire Monsieur Gréa requis par cet agent de déclarer qu'à sa connaissance il n'existe pas d'autres biens susceptibles d'être inventoriés que ceux portés au présent procès-verbal, refuse de faire cette déclaration comme il refuse, après clôture et lecture, de revêtir l'inventaire de sa signature.
Quatre jours après, la France reçoit l'encyclique Vehementer Nos (du 11 février) par laquelle S.S. Pie X condamne la loi de séparation comme « injurieuse à Dieu, violant le droit naturel, le droit des gens et la fidélité due aux traités, contraire à la constitution divine de l'Eglise, à ses droits essentiels, à sa liberté; renversant la justice, foulant aux pieds le droit de propriété, gravement offensante pour le St Siège, l'Episcopat, le Clergé et tous les catholiques de France ».

Le 15 mars, indique le mémento paroissial « M. le Curé [Charles Gréa, photo ci-contre] comparait à la barre de la 8ème chambre correctionnelle. Les débats de son procès ne commencent qu'à 3 heures après ceux de M. Leclercq, curé de St Roch, inculpé de résistance à la loi. Président du tribunal : M. Poncet, accusateur public : M. Marnet, défenseur : Maître Jean Lerolle, président de la jeunesse catholique, témoins à décharge : MM. duc de Rohan et député du Morbihan, Plichon député du Nord, Costa de Beauregard de l'Académie française, Lerolle père et député de paris, William Bertheault, ingénieur civil, François Coppé de l'Académie française, Audisio, consul général en retraite, Comte de Bourblanc, Comte de Brissac, Marty imprimeur, abbé Semeuze, vicaire à SFX. Verdict remis à huitaine. »
L'audience du 22 du mois acquitte notre curé et celui de St Roch. C'est la fin du deuxième acte, le troisième concerne la liquidation pure et simple des comptes et qui signifie priver l'église de ses moyens de ressources, autant dire selon la formule consacrée, mettre les clés de l'église sous la porte.
Le 25 octobre, le Conseil de Fabrique se réunit en séance extraordinaire « [...] M. le président, après avoir ouvert la séance, a exposé que, par suite de l'application de la loi du 9 décembre 1905, les fabriques, comme tous les établissements publics du culte, étaient supprimées (elles étaient sous la tutelle de l’état depuis le concordat de 1801 signé par Napoléon Bonaparte et le Pape Pie VII) qu'ils devaient cesser de fonctionner dans le délai d'un an à partir de la promulgation de la loi soit au 19 décembre 1906, qu'il importe donc de régler la situation, d'éteindre le passif en exécutant ses obligations. Les fonds disponibles seraient employés de la façon suivante : […] On payerait toutes les dettes courantes jusqu'à la fin de l'année et également les fondations jusqu'au 31 décembre. La présence de la situation si pénible et si digne d'intérêt qui va être faite à la fin de l'année à MM. les membres du clergé de la paroisse et aux employés de l'église qui vont se trouver privés de traitement et des emplois sur lesquels ils devaient légitimement compter, dont aucun n'a droit à pension ou à allocation sur les fonds publics, Il est juste de se demander si la plus triste équité ne commande pas de leur allouer des indemnités dans la mesure où les ressources disponibles de la fabrique le permettraient.
La vérification des comptes de M. le trésorier rendant la chose possible, il serait alloué à MM. les membres du clergé une indemnité représentant un an et un trimestre de traitement, aux employés un an de traitement, et au personnel de la maîtrise, comme témoignage de satisfaction pour l'éclat donné au chant religieux dans l'église de SFX, une demi-année de traitement, ce qui au total formerait une somme de 55 135 frs, enfin sur le surplus des disponibilités on rembourserait à monsieur le curé certaines avances qu'il a faites pour divers objets dont il présente les factures. »
Enfin arrive la dernière séance, le 10 décembre et la lecture de la lettre du Cardinal :
« Monsieur le Président,
C'est avec une profonde tristesse que nous voyons arriver le jour où nos paroisses vont être privées contrairement à la volonté de l'Eglise, du concours officiel d'hommes honorables, des chrétiens d'élite qui composaient nos conseils de fabrique. Avant que cette douloureuse mesure s'exécute, nous tenons à vous adresser, Monsieur le Président, et par vous à vos dignes collègues, un témoignage public de notre estime, de nos regrets, de notre reconnaissance. Votre dévouement aussi éclairé que désintéressé pour nos églises, votre union cordiale avec vos pasteurs, votre constante déférence envers l'autorité diocésaine vous ont acquis depuis longtemps notre plus vive gratitude. La soumission filiale avec laquelle vous avez accueilli les récentes décisions du Souverain Pontife, votre fidélité parfaite et unanime à ces instructions nous remplissent de consolation. Nous vous en remercions et nous vous en félicitons hautement.
Il n'est plus permis désormais de vous attribuer un rôle officiel dans l'administration temporelle de nos églises; mais nous connaissons votre attachement à notre Sainte Religion. Nous avons donc la confiance que vous voudrez demeurer pour votre clergé des amis d'autant plus dévoués que vous le verrez en butte à de plus dures épreuves.
Veuillez agréer, Monsieur le Président, l'expression de mon respectueux dévouement Cardinal Richard, archevêque de Paris. »
A la suite de cette communication accueillie avec la reconnaissance la plus respectueuse, Monsieur le Curé s'exprime en ces termes :
« Messieurs, A ce témoignage solennel et si touchant de l'estime, des regrets et de la reconnaissance de notre vénéré Cardinal et premier pasteur, permettez-moi d'en ajouter un autre, beaucoup plus humble mais non moins senti et profond, celui de la gratitude de votre curé. Voici bientôt dix ans que nous travaillons ensemble pour l'honneur de Dieu et le bien de la paroisse. Ces dix années ne m'ont laissé que de bons souvenirs, votre cordialité, votre dévouement et, j'ose le dire, votre généreuse affection si hautement manifestée dans des jours mauvais, me seront toujours présentes au milieu des épreuves qui m'attendent, et mes vœux seraient comblés si je pouvais espérer que vous conserverez quelque part dans votre cœur le nom de celui qui remerciera toujours Dieu d'avoir été votre curé et de vous avoir eu pour fabriciens.
Monsieur le président se fait, en termes émus, l'interprète des sentiments de tous et « prie Monsieur le Curé de faire parvenir à son Eminence l'assurance des hommages respectueux et de la profonde gratitude du Conseil, il demande aussi à Monsieur le Curé, qui a rendu la tâche des fabriciens si facile et si agréable par la constante bienveillance et sa bonne administration d'agréer l'expression de leur reconnaissance. Monsieur le curé peut compter sur le dévouement de tous pour l'avenir. Monsieur le Président du bureau des marguilliers fait connaître que, pour solder certaines dépenses, il est nécessaire d'ouvrir les crédits suivants. Au moment de céder leurs fonctions, les membres du conseil de fabrique avant de clore ce registre, tiennent à honneur d'y consigner l'expression de leur attachement à la religion catholique, apostolique et romaine. Ils affirment leur soumission à l'Eglise et à son chef, et protestent avec la plus grande énergie contre tout atteinte à ses droits sacrés. Le présent procès-verbal a été dressé en séance les jours mois et an ci-dessus, et ont signé, après lecture faite, tous les membres présents. »
Ce même 10 décembre , en prévision de la reprise du presbytère par la ville, il est procédé au déracinement d’un rejeton de l’arbre de Judée planté par St Vincent de Paul à Clichy. C’est en novembre 1902 que notre curé avait pu obtenir ce rejeton avec autorisation du curé de Clichy et planté dans la pelouse à gauche dans le jardin du presbytère. Il le confie à un ‘ami qui le conservera dans sa propriété’ ainsi que ‘la croix de fer forgé du couvent des Carmélites de l’avenue de Saxe’ dit un mémento sans que l’on puisse malheureusement savoir qui et ce que sont devenus rejeton et croix.
Comme le soulignait le Cardinal, les épreuves ne font que commencer. Notre curé est assigné devant le commissaire de police pour avoir célébré la messe sans déclaration préalable, assignation non suivie d'effet par suite de déclaration faite, en dehors du clergé, par deux catholiques de la paroisse. M. le curé renvoie immédiatement au préfet de police le récépissé de déclaration avec une lettre de protestation qui est publiée par les journaux. Cette contrainte durera à peine une année devant le refus de combien de prêtres de suivre cette règle.
Toujours dans ce même mois de décembre décidément bien éprouvant, son Eminence le Cardinal Richard est expulsé de son palais archiépiscopal du 127 rue de grenelle. Une manifestation splendide dit un mémento, une foule évaluée par un journal à 15 000 personnes. Sa voiture est dételée et tirée à bras par des notabilités catholiques et des ouvriers jusqu'à l'hôtel de M. le Baron Cochin, député de Paris, au 53 rue de Babylone. La journée se termine par un salut improvisé à St François-Xavier avec des chants populaires admirables dans une église comble. Il était prévisible que l'année ne se terminerait pas sans une première riposte, une réponse au dépôt de bilan imposé, par l'annonce en chaire de l'établissement du denier du Culte.
Le droit et moyen de réponse personnelle de la paroisse prend la forme du bulletin paroissial dont le premier numéro parait en mars 1907. M. Gréa ne mâche pas ses mots dès les premières lignes « Rappelons-nous que : Notre église et tout ce qu'elle renferme sont depuis le 13 décembre 1906 sous Séquestre, comme conséquence de cette spoliation qui atteint jusqu'aux fonds affectés à la célébration des services anniversaires dits "de fondations" […] »
Pendant près de trois ans le bulletin paroissial se fera l'écho des vives résistances du curé essentiellement dans le domaine de l'enseignement. On y trouve une lettre saisissante d'un évêque alarmé par l'enseignement public qui fait comprendre que l'enfant appartient à l'état et non plus à ses parents ou celle des cardinaux, archevêques et évêques de France qui parle ‘d’expropriation de la famille et de confiscation de l’enfant’. Une autre de l’abbé Esquerré avertit les paroissiens du danger d’une loi en projet qui tyrannise les consciences et raconte qu’en 1908 un prêtre est traduit plusieurs fois devant les tribunaux et à chaque fois acquitté parce qu'il s'était permis de dire que Clovis avait été amené au baptême par sa femme Clotilde, ce qui n'est, pour la république, qu'une notion d'histoire que seul un maître a le droit d'enseigner. Il n’hésite pas à dénoncer avec une ironie mordante des conséquences pernicieuses pour la vie de l’enfant « Il est donc entendu que désormais, ni vous ni moi ne pourrons plus parler de science, d’histoire, ni même sans doute de morale, puisque la morale fait partie du programme de l’enseignement primaire : moi qui fais le catéchisme, je peux encore parler de ‘catéchisme et d’histoire sainte’ encore ne suis-je pas très sûr qu’en parlant des apôtres et des premiers chrétiens, je ne fais pas de l’histoire, au sens déterminé par l’arrêt de la Cour. »
Enfin un article du curé condamne et interdit l’usage de certains livres de classe dans lesquels apparaît davantage l’esprit de mensonge et de dénigrement envers l’Eglise catholique, ses doctrines et son histoire.
Pour réparer la révoltante et plus grande iniquité de la loi de séparation dit le curé en 1908, il demande un geste inusité et original :
« Personne en France, n'a oublié le beau geste de Notre St-Père le Pape constituant, de ses deniers, les fonds nécessaires pour assurer chaque année la célébration de 2000 messes. Dans le dernier numéro du bulletin, je proposais à mes paroissiens d'imiter ce grand exemple et de rétablir nos 150 Messes de Fondation. J'ajoutais que le moyen le plus pratique me semblait d'envoyer en timbres, à M. le Curé, l'équivalent d'un honoraire de Messe, d'une moitié d'honoraire, d'un quart d'honoraire. La pluie des timbres-poste a commencé et... elle continue ». En quelques semaines le déluge de 3000 timbres couvrent les 150 messes et le curé s'exclame « Merci ! Merci pour nos chères âmes ! Merci pour la France ! »
S’il y a un épisode que le labyrinthe administratif de la loi de séparation n'avait pas prévu c'est bien l'histoire de ces quatre chaises volées à notre église en 1907. Déjà connu de la police, le voleur est arrêté et reconnaît son forfait le 8 novembre. Le commissaire de police envoie nos chaises à la fourrière et le 11 juin de l’année suivante le directeur des domaines de la Seine signale le vol au Préfet de la Seine. Celui-ci lui répond que dans l'inventaire du 14 février 1906, les chaises garnissant cette église ont été indiquées comme appartenant à la Fabrique et que dans ces conditions c'était au Domaine-séquestre à introduire une action en restitution des objets volés. Dans une lettre du 30 juin le directeur des Domaines répond au préfet : « Le rédacteur de l'inventaire a commis une erreur manifeste en insérant les chaises dans cet inventaire et que comme St François-Xavier a été élevé par la ville de Paris sur un terrain lui appartenant, l'édifice était donc sa propriété dès avant la loi du 13 avril 1908. Or le séquestre n'atteint pas les objets mobiliers placés dans les édifices du culte appartenant à l'état, les départements ou les communes. Ces objets sont, d'après les principes généraux du droit, censés, jusqu'à preuve du contraire, appartenir à l'état, les départements ou les communes, ils sont soustraits, par conséquent au séquestre. Dans cette situation vous jugerez sans doute, M. le préfet, que c'est bien au service de la ville de Paris qu'il appartient de revendiquer les chaises volées. » Le 11 juillet, le préfet écrit à M. le Procureur de la République afin que les chaises soient restituées. Le 21 juillet, une ordonnance est rédigée pour la restitution ainsi qu'un courrier le 18 août afin de faire le nécessaire. Mais le 11 septembre, toujours de la même année, le bureau dit que la restitution lui pose des inconvénients à cause des situations difficiles entre l'église et la ville. Le 27 janvier 1909, la fourrière remet les chaises au domaine de l'Etat, mais le 5 février le chef du service du matériel ne croit pas devoir effectuer le retrait des chaises et la restitution, n'étant pas habilité. En examinant de plus près cette note du chef du service se trouve ajoutée en marge la mention nulle et non-avenue, on peut légitimement penser que nos quatre chaises ont bien retrouvé leur place habituelle.
La vie de la paroisse continue et l'on apprend que des troncs sont disposés près de la sacristie des mariages pour les aumônes de ceux qui pendant le carême usent d'aliments gras ou ajoutent à la collation du lait et du beurre. Après la solennité de la béatification de Jeanne d'Arc à Rome le 18 avril 1909, un peu de baume se répand sur des blessures à l'occasion de cette belle cérémonie de la bénédiction, le 6 juin, d'une statue de Ste Jeanne d'Arc.
Le jeudi 27 janvier 1910 le mémento paroissial annonce que des prières publiques seront faites du jeudi au dimanche inclus, sur ordonnance de notre nouveau cardinal Mgr Amette, dans notre église et toutes celles du diocèse « à l'occasion des inondations qui désolent Paris et sa banlieue. L'étiage de 9 mètres 50 est dépassé au pont royal. L'histoire n'a pas enregistré d'inondation plus désastreuse. La quête prescrite par Monseigneur produit 1.300.OOO frs. La paroisse n'a pas souffert de l'inondation. »
L'année 1911 voit le conseil paroissial décider la suppression de l'éclairage par le gaz et son remplacement par l'éclairage électrique dont la bénédiction est prévue en mai 1912 par le Cardinal lors de sa visite dans notre église Un an de travaux d'un montant de 20 008,40 frs. A cette époque le bulletin s'éloigne de cette guerre entre l'église et l'état, les articles hostiles disparaissent au profit d'un élan patriotique qui doit unir la nation, une autre guerre se profile et l'état a besoin de toutes les forces vives.
Comme signe d’apaisement l’Etat autorise, dès 1913, le retour de la procession du Saint Sacrement à l’extérieur de l’enceinte de notre église.
En 1904, les relations diplomatiques avaient été rompues entre la France et le Vatican. Le 4 décembre 1921, après la messe des hommes, notre église manifeste sa joie de voir officiellement reprises les relations diplomatiques entre le Saint-Siège et la France et accueille Mgr Cerretti, le nonce apostolique que le souverain Pontife envoie en France pour le représenter. La même année où H.Pinta réalise les deux grandes peintures murales de la chapelle des morts en hommage aux 526 paroissiens ‘Morts pour la Patrie’ pendant la première guerre mondiale.
Par le fait de la Grande Guerre et de la situation qui est faite à la Papauté par les circonstances de l’Après-Guerre, tous les Etats, anciens ou nouveaux, reconnaissent qu’ils ont impérieusement besoin du concours de la Papauté pour affermir l’ordre social dans un monde bouleversé, dit le bulletin paroissial qui précise même :
« A BIEN NOTER. Le thème du rétablissement de la nonciature fera l’objet d’une importante conférence avec comme sujet principal : LA NECESSITE FRANCAISE DE RENOUER AVEC LE SAINT-SIEGE. »

Couverture du journal humoristique "Le Rire" (20 mai 1905) - Dessin de Léandre.
Mr Bienvenu-Martin, ministre de l'Education publique, des Beaux arts et du Culte tente de séparer,
à l'aide d'un couteau, les Corps de l'Eglise et de l'Etat.
La légende : « ... et Mr Bienvenu-Martin continue toujours avec beaucoup de Briand son opération chirugicale »,
faisait allusion à Aristide Birand, rapporteur de la loi de séparation.




















Le groupe de prière du "












