L'histoire des 13 chapelles

Date de l'Evènement: 
Dim, 27/03/2011 - 18:05

Maintenant que l’église voit ses portes s’ouvrir et malgré les nombreux aménagements et travaux artistiques encore à exécuter ainsi que la présence d’échafaudages, M.Roquette invite les paroissiens à découvrir la nouvelle église.

Aussi permettez-moi de vous demander si vous la connaissez ? Que répondriez-vous si Mgr Chauvet (l’actuel curé) organisait une petite interrogation écrite lors de messes dominicales et vous demandait simplement les noms et lieux des 13 chapelles que compose notre église ? Il ne vous interrogera pas sur les premiers noms donnés au 19ème siècle, encore que, si vous aviez pris le temps de faire le tour de votre église, rien qu’en regardant les vitraux vous pourriez lui donner les noms de huit chapelles et trois autres par la peinture et ou la statuaire. J’ai bien peur qu’il ne découvre ces messes plus qu’un tantinet désertes ce jour-là. Calomnie allez-vous me répondre ! Soit, alors permettez-moi de vous rafraîchir la mémoire.

Commençons par les six chapelles latérales de la Nef. A l’origine elles devaient être décorées mais lorsque prend fin la réalisation des œuvres artistiques majeures de l’église (1879), entièrement payées par la ville de Paris comme la construction, le nouveau paysage politique, en conflit depuis 1870 avec la politique artistique de la ville, avise les Fabriques d’assurer désormais par leur propre moyen ce qui reste à faire de décoration et de travaux dans la limite de leur responsabilité. La Fabrique de St François-Xavier va s’y employer surtout dans la limite de ses moyens, importants certes mais qui ne permettront pas de réaliser tous les projets.

Prenons tout d’abord le côté gauche à partir du grand portail d’entrée.

La première chapelle porte sur son vitrail les initiales SJB qui signifient Saint Jean-Baptiste ; c’est la Chapelle des Baptêmes. Et pourtant pendant de nombreuses années les baptêmes se feront au chevet derrière l’autel de la chapelle de la Ste Vierge, juste à l’aplomb et sous la future grande statue de la Vierge Marie.

Saint Jean-Baptiste

Galerie des baptêmes

Coquille Saint-Jacques et Esprit-Saint
Le vitrail de Saint Jean-Baprtiste dans la première chapelle en rentrant à gauche.
Juste derrière le choeur de la Chapelle de la Vierge, la Galerie des Baptêmes en arc de cercle avec le baptistère dans une petite alcôve (plan de 1883). Elle est devenue par la suite le local des sacristains et la sacristie des clercs La coquille Saint-Jacques, instrument traditionnel du baptême et juste au dessus l'Esprit-Saint dans la partie haute du premier baptistère.

Pendant ce temps cette chapelle servira de ‘magasins pour toute sorte de débarras, avec pour toute clôture de vieilles planches‘ nous dit un compte-rendu de la Fabrique datant de 1882.

Remplissant enfin sa mission de ‘baptiser’ (nous ignorons exactement à partir de quelle date), cette chapelle se voit ajouter une mission supplémentaire au début des années 1970, celle ‘d’exposer’ pour devenir en 1986 la chapelle des expositions tandis que le baptistère se trouve transféré à la chapelle de la Ste Vierge.

Exposition en 1981

Exposition dans la Chapelle Saint Jean-Baptiste
avec le baptistère au milieu. (1981)

Baptistère à la Chapelle de la Vierge

Le baptistère au fond de la chapelle de la Vierge (1986)

Chapelle des expositions

La chapelle des Baptêmes devenue "chapelle des espositions"

Perdant lentement mais sûrement sa nouvelle fonction, elle redevient un débarras comme pour dire, point d’autre salut que dans le baptême.

En 2006 d’importants travaux de rénovations de l’église lui permettent de retrouver sa mission première.

Chapelle Saint-Joseph (carte postale, vers 1920)La chapelle suivante, longue de trois travées, est dédiée à Saint Joseph (le 19 mars, jour de sa fête, elle a fait l’objet d’une chronique)

Dès le début et pendant de longues années elle servira de chapelle des catéchismes, pour les filles uniquement, en attendant la construction de la future chapelle des catéchismes, dont le terrain a été acquit dès 1879, qui sera détruite en 1963 et remplacée par la Maison Paroissiale que nous connaissons au 7 place du président Mithouard.

(voir ci-dessous, les photos de cette chapelle aujourd'hui disparue)

Elle sera décorée en 1902 (carte postale à droite) grâce à la générosité d’un paroissien et de sa famille et en 1972 elle reçoit la magnifique chaire qui cède sa place à la nouvelle disposition de l’autel principal monté sur un podium situé à la croisée du transept. Chapelle très conviviale, rencontres, expositions, messalisants, elle accueille aussi différentes crèches paroissiales.

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Façade de la Chapelle des Catéchismes.

Intérieur de la Chapelle des Catéchismes

La troisième chapelle, d’une seule travée comme celle des baptêmes, détient le record absolu des changements de noms.

Chapelle Saint-Michel

A droite de l'arc, image de la Sainte Face
A dtoire de l'image dos du banc d'oeuvre réservé aux
membres du Conseil de Fabrique (voir ci-contre).

Saint Michel

Saint Michel

Jusqu'à la séparation de l'Eglise et de l'Etat en 1905, le Conseil de Fabrique était chargé de l'administration des biens de la paroisse. Il état composé d'un président, d'un trésorier et d'un secrétaire.
A Paris, ils portaient le le nom de "marguillers".

Située derrière le banc d’œuvre (enlevé au début des années soixante) elle est tout d’abord dédiée à notre saint patron mais elle est laissée à l’abandon et fermée par une clôture grossière. A partir de 1882 elle est aménagée pour la célébration de messes et lorsque notre saint patron vient trôner dans le chœur (sous forme d’une sculpture puis de quatre peintures) elle prend le nom de chapelle de la Sainte Face (le cadre avec l’image de la Ste Face et sa dévotion, représenté sur la carte postale de 1923, sera volé dans les années 1990). En 1901 le nom de Saint Michel vient s’ajouter à celui de la Sainte Face quand une statue polychrome de cet Archange terrassant le dragon (Satan) est érigée.

Vendredi saint, la mise au tombeauDeux ans après, la translation du Christ Mort vient clôturer une affaire à rebondissement longue de 28 ans.

En 1874 la ville de Paris commande à un jeune sculpteur prometteur, M.Alfred Lenoir, une sculpture destinée au futur autel de la chapelle des morts, mais les crédits alloués ne permettent ni de la décorer ni de l’aménager. Seulement l’esquisse en plâtre est réalisée et se dégrade. Plusieurs projets sont étudiés pour éviter sa perte; un moulage, son exécution en bronze ou en marbre, enfin une reconstitution du tombeau du Christ dans une chapelle de l'église Saint Eustache.

Les Beaux-arts reculent devant la dépense d'autant plus que cette sculpture n'est qu'une acquisition en vue d'encourager un jeune artiste dit l'inspecteur général. En 1876 M. Lenoir se voit offrir un bloc de marbre par le ministère des Beaux-arts et la sculpture achevée est placée dans le transept gauche mais dans un coin où on ne la voit pas (à la place du confessionnal, actuellement côté rampe pour personnes handicapées). L'artiste demande alors sans succès, à ce qu'elle lui soit rendue en attendant son affectation d'origine et en 1899 il manifeste par écrit son désir d’être déchargé d’une commande qui lui a été faite par notre église en 1893 (le futur bas-relief du nouveau maître-autel).

L’affaire prend une telle importance que M. Gréa (curé de 1897 à 1917), comprenant que l’artiste a pu être froissé par l’emplacement inconvenable de son œuvre, propose à la Fabrique de lui rendre visite pour lui faire part d'un projet de décoration en cours de la chapelle St Joseph où serait placée cette sculpture (à la place actuelle de la chaire).

Seulement l’avis de la ville de Paris contrarie ces plans « L'édicule en bois projeté devant l'une des croisées a l'inconvénient de masquer la partie basse de cette croisée et de détériorer le lambris. Il conviendrait de respecter le lambris existant et de mieux lier l'édicule avec ce lambris, il est indispensable en tout cas de le baisser de manière à ne pas masquer la verrière située derrière. ».
Les proportions de la sculpture empêchent de réduire celle de cet édicule (dont l’exécution sera entièrement pris en charge par le curé pour la somme de 2556,75 frs) et la décision finale est prise de la transférer dans la chapelle Saint Michel en 1903.

Peu après cet épisode le vocable ‘âmes du purgatoire’ viendra remplacer les deux précédents.

Enfin en 1951 Mgr Chevrot, curé depuis 1930, fait exécuter et poser un nouveau vitrail qui vient sceller le dernier nom en date de cette chapelle, désormais sous le vocable de Saint Vincent de Paul.

Passons maintenant au côté droit toujours à partir du grand portail d’entrée : 

Les trois clous de la Crucifixion du Christ figurés sur le vitrail de cette première chapelle, d’une travée, ainsi que l’intention de placer le Christ Mort de M.Lenoir comme devant d’autel ou d’antependium, prouvent que dès l’origine elle est dédiée aux morts, elle le sera aussi aux âmes du purgatoire, mais comme son homologue d’en face et pendant plus longtemps encore elle servira de débarras.

Il faut attendre la plus meurtrière des épreuves pour notre paroisse, la première guerre mondiale (526 noms gravés en lettre d’or sur les murs, 526 MORTS POUR LA PATRIE) et l’année 1917 pour qu’elle soit aménagée et décorée.

Moins de trente après, c’est la fin de la seconde guerre mondiale et 135 nouveaux noms viennent rejoindre cette déjà bien trop longue liste de souffrance.

Enfin en 2006 à l’occasion d’importantes rénovations, les statues de Sainte Jeanne d’Arc et de Saint Louis sont déplacées pour être bien mieux mises en valeur dans cette chapelle.

(voir son histoire dans ma chronique n°4 du mois de novembre 2010).

Chapelle du Sacre-Coeur - Carte postale vers 1920La chapelle suivante, longue de trois travées, va servir de chapelle des catéchismes mais cette fois-ci pour les garçons uniquement. Primitivement elle est dédiée aux Saints Anges pour devenir la chapelle du Sacré-Cœur.

Successeur en 1889 et ami de M.Roquette, M.Rivié, lui aussi aveyronnais, a une grande dévotion pour le Sacré-Cœur.

Avec ses propres deniers, il fait décorer la chapelle en 1895 et demande à M.Félix Villé de figurer, sur une toile marouflée, l’hommage national offert au Divin Cœur de Jésus qui sera le salut de la France. Le bulletin paroissial de janvier 1912 la juge avec une certaine retenue « Il (M.Rivié) se risqua même à l’embellir d’une fresque qui aurait pu produire un très heureux effet. »

En 1935 elle s’enrichit d’une nouvelle œuvre d’art, un tableau d’Henry Lerolle, la Communion des Apôtres. Henry Lerolle a toujours résidé sur notre paroisse et il aimait beaucoup notre église qu’il a représentée dans deux tableaux : ‘Répétition à l’orgue’ en 1885 (actuellement au Metropolitan Museum de New-York) et ‘La Communion’ en 1888. (exposé à la sacristie des mariages)

La Communion des Apôtres avait été commandé par le Père Vallée, prieur des Dominicains à Paris, ami du peintre et de ses parents, pour le réfectoire du Couvent. Mais en 1905, lors des lois contre les congrégations, ce tableau lui fut rendu. Le peintre fut peiné de le voir quitter le couvent et le roula dans un coin de son atelier. Six après la mort du peintre, Mme Henry Lerolle et ses enfants ont bien voulu en faire don à la paroisse.

 

Journée portes ouvertes en 1981Au début des années 1970 des vitrines posées contre les lambris informeront les paroissiens des horaires des messes et des activités proposées.

Par la suite elle servira de rencontres pour les journées de rentrée paroissiale, occasionnellement pour l’adoration du Saint Sacrement et même une fois pour un enterrement.

En 2006, toujours pendant les grandes rénovations, ces vitrines disparaissent au profit de trois statues simplement déplacées pour être bien mises en valeur : Notre-Dame de Lourdes, Sainte Anne (œuvre de Peaucelle Coquet) et Saint Antoine de Padoue (oeuvre de Cachal Frou).

Le dernier enrichissement vient au mois de juin 2009, l’installation fort délicate puis la bénédiction, par le Cardinal Archevêque de Paris, Mgr Vingt-Trois, de la châsse de Sainte Madeleine-Sophie Barat devant plus de mille personnes.

Peaufinage par Mgr Chauvet et le père Derlincourt

Bénédiction par le Cardinal Vingt-Trois

La dernière chapelle latérale de la nef, tout d’abord dédiée à Saint Vincent de Paul passé juste en face, devient Saint Jean l’Evangéliste, dont le vocable et la statue ont complètement disparu. Comme le faisait remarquer le bulletin paroissial de décembre 1936, souhaitons qu'il ne nous en garde pas rigueur.

Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus est sa dernière dénomination. Comme celui de Saint Vincent de Paul, Mgr Chevrot commande un vitrail posé en 1954 et réalisé par une artiste qui est loin de faire l’unanimité surtout au sein des monuments historiques comme l’atteste cette lettre « Lors de l'exécution d'un précédent vitrail à St.François-Xavier Mlle Lecamp n'a tenu aucun compte des observations qui lui ont été faites sur sa maquette tant au point de vue architectural que couleurs. Ce vitrail est laid et c'est par une réelle indulgence que l'architecte et moi-même n'en avons pas demandé l'enlèvement. Allons-nous continuer à enlaidir une église pour une artiste têtue et prétentieuse ? »

Cette chapelle sera le théâtre de nombreuses manifestations : mimes organisés par la catéchèse, chapelet tous les soirs de la semaine et dévotions notamment à la Sainte Trinité représentée par l’icône de Roublev.

Pendant le temps de Noël, entre 2007 et 2009, elle a offert l’hospitalité à une superbe crèche bien paroissiale puisque tous les santons, quelques 500, ont été généreusement offerts par les paroissiens et disposés par une équipe aussi experte, disponible, que complaisante. Le temps Pascal sera pour elle l’occasion d’accueillir un nouveau ‘tableau’ celui de la Résurrection.

Avançons-nous vers le Chœur de l’église et intéressons-nous au transept.

Chapelle Saint-Denis, gravure de 1877Monogramme de Saint DenisLe transept formait deux chapelles ayant chacune son propre chœur (les deux réalisés en 1885) toujours existant.

Celle de gauche porte le nom de Saint Denis, 1er évêque de Paris au IIIème siècle ainsi que celui de Notre Dame des Victoires, à partir de 1888, par la présence d’un ex-voto (à gauche de la statue de Saint Denis) offert par une veuve (Lucas). Cet ex-voto, du même don que celui de Saint Joseph à l’enfant Jésus (à droite de la statue de notre saint patron), est l’œuvre du grand orfèvre parisien Jean-Alexandre Chertier.

Celle de droite est dédiée à Sainte Geneviève, patronne de la ville de Paris.

Monogramme de Sainte GenevièveDès 1868, dans l’arrêté préfectoral portant commande des œuvres artistiques et signé par M.Haussmann, ces deux chapelles doivent recevoir un vitrail dont le sujet doit être tiré de la vie de ces deux saints. Tous les vitraux qui vont du chœur jusqu'au portail sont demandés à la maison Charles Champigneulle installée à Bar-Le-Duc. M. Charles-Raphaël Maréchal, maître-verrier, administre la commande de 26 grands vitraux, les 3 rosaces, 10 croisées des tours, 6 soupiraux et ces 2 grands vitraux à figures destinés à nos deux chapelles.

Voici l’histoire assez effarante de ces deux vitraux, seul exemple de refus d’une œuvre réalisée et posée.

Fin décembre 1873 une sous-commission des Beaux-arts examine deux esquisses en présence de M. Maréchal.

« Deux observations générales lui ont été faites: la première, c'est que ses deux esquisses, forts remarquables d'ailleurs au point de vue de la composition et de coloris ne représentent pas, à un degré suffisant, le caractère spécial et traditionnel de la verrière et offrent, au contraire, un peu trop l'aspect d'un tableau. La seconde, c'est qu'il conviendrait conformément à tous les précédents, d'encadrer les deux sujets dans une bordure ce qui aurait pour résultat de réduire au profit de la composition elle-même, le champ occupé par les draperies et autres décors accessoires et de l'harmoniser davantage avec le style de l'édifice. M. Maréchal a répondu à ces deux observations en faisant remarquer
1° que la manière des peintres verriers du moyen âge était celles des peintres et des miniaturistes de la même époque ; qu'ils auraient conçus leurs vitraux différemment si la peinture contemporaine leur avait offert d'autres modèles et si l'industrie n'avait pas immobilisé cette conception
2° que la véritable bordure d'un vitrail consiste dans les lignes architecturales qui l'entourent, et qu'il existe, tant au moyen âge qu'à la renaissance de nombreux exemples de vitraux dépourvus de tout encadrement de ce genre. Tout en admettant avec une certaine mesure la justesse des observations présentées par M. Maréchal, la commission maintient son appréciation en ce qui concerne le caractère archaïque à donner aux deux esquisses dont il s'agit, l'utilité de les composer en verres de dimensions moyennes pour rendre les réparations plus faciles et la nécessité de les encadrer dans une bordure; mais elle laisse au goût et à l'expérience de M. Maréchal le soin de satisfaire dans une juste proportion aux vœux qui lui ont été exprimés…»

Esquisse de Saint Denis avec la couronne sur le cou sanglant (1876)Entrant ensuite dans l'examen détaillé des esquisses nous apprenons que Saintte Geneviève est représentée entourée de femmes chrétiennes et demandant à Dieu de préserver Paris de l'invasion d'Attila mais dans son oratoire avec comme fond une draperie que la commission demande soit de la redessiner soit de lui substituer un motif d'architecture en perspective, conformément aux habitudes des peintres verriers de la Renaissance. Saint Denis est représenté, un proconsul romain à ses côtés, refusant de sacrifier aux faux Dieux figurés par une statue de Mercure placée sur un autel.

La commission trouve que le saint semble plutôt s'approcher que s'éloigner de l'autel et la statue de Mercure est trop petite puis elle ajoute une dernière observation de poids « elle est relative à la nécessité de combiner l'effet décoratif de ces vitraux avec celui que doit produire la décoration générale de l'édifice. » Enfin pour ménager les susceptibilités elle conclue avec emphase « qu'elle est convaincue que M. Maréchal saura trouver dans sa longue expérience et dans les ressources de son art les éléments nécessaires pour réaliser les modifications qui lui sont demandées et exprime le vœu qu'il veuille bien lui présenter deux nouvelles esquisses. »

Soumises l'année suivante, ces deux nouvelles esquisses sont définitivement admises parce qu'il a tenu compte des observations qui lui ont été adressées particulièrement pour les encadrements de bon goût. La commission agrée l'esquisse représentant Sainte Geneviève sans observations malgré quelques changements puisque l'oratoire a disparu ainsi que la draperie et deux anges apparaissent au-dessus de la sainte. Celle de Saint Denis a été complètement modifiée puisque le sujet, identique à celui que l'on connaît aujourd'hui, est devenu la glorification du saint.

La commission remarque pourtant que « le saint décapité et portant sa tête est d'un aspect assez incertain ; on ne devine pas assez le corps sous la draperie blanche qui le recouvre. Cette incertitude résulte de quelques détails qui pourraient être heureusement modifiés. Ainsi l'ange placé au-dessus du saint et déposant une couronne sur le cou sanglant du martyr, en a la main trop rapprochée. En la remontant davantage, en substituant un nimbe à la couronne, ainsi qu'on l'a fait à Limoges, dans le vitrail de sainte Valère, on obtiendrait un centre lumineux et l'on dévoilerait aux regards le cou mutilé du saint. »

Essai de figure de Saint Denis sur fond d'architecture (esquisse sur calque, 1876)Quelques mouvements de personnages sont aussi à corriger, enfin elle appelle l'attention de M. Maréchal sur certains tons un peu vifs, qu'il y aurait lieu d'atténuer davantage afin de les harmoniser plus complètement avec la décoration générale de l'édifice. Chaque examen se traduit par une même insistance, l'harmonie dans un édifice. Selon la procédure habituelle après la pose la réception et la commission découvre le 20 octobre1875 les nouvelles verrières des deux chapelles du transept et l'on ne peut que constater un verdict sans appel

« Les vitraux de M. Maréchal sont défavorablement appréciés. La sous-commission a regretté que cet artiste, d'un talent si ferme et si original, les ait exposés dans une église imposante de la Capitale. Elle les considère comme une erreur et ne les trouve dignes de M. Maréchal ni comme composition ni comme exécution. A la suite de son rapport la sous-commission n'a pas formulé de conclusions précises; mais il semble qu'elle incline à conseiller l'enlèvement des vitraux dont il s'agit. Manœuvre de cette gravité ne pouvant être prise qu'après un nouvel examen, la Commission décide qu'elle se transportera tout entière à Saint François-Xavier pour examiner les vitraux sur place et donner un avis définitif. Le jour de cette visite sera fixé ultérieurement. »

Un mois plus tard « Dans le cours de la dernière séance la commission a entendu le rapport d'une sous-commission spéciale de peinture chargée d'examiner, à l'église Saint François-Xavier, les vitraux récemment placés par M. Maréchal. En présence du jugement formulé sur cette oeuvre d'art, elle avait exprimé le vœu que chaque membre se rendit individuellement à l'église pour en faire l'objet d'un sérieux examen et qu'ensuite une réunion générale eût lieu sur place afin de prendre un parti définitif. Plusieurs membres sont allés à Saint François-Xavier et rendent compte de leurs impressions personnelles. M. M. De Sommerand et Emile Perrin, notamment, ont constaté le fâcheux effet produit dans une église neuve et artistiquement décorée, par ces vitraux lourds, pâteux, opaques, violents de ton et d'effet, véritable contrefaçon de la peinture sur toile la plus haute en couleur.

Etablis dans ces convictions, les vitraux de M. Maréchal sont absolument dépourvus de cette translucidité qui est le caractère essentiel des verrières artistiques. Dans l'architecture de l'édifice, ils forment des pleins obscurs, tandis que les murs semblent donner de la lumière. Il en résulte donc un véritable contre-sens. La commission constate, en se reportant aux procès-verbaux, que de nombreuses observations ont été faites à M. Maréchal et que ce dernier n'en a pas tenu suffisamment compte dans l'exécution. Dans le cas où l'administration, partageant l'avis unanime de la commission, ferait enlever les vitraux dont il s'agit, elle se demande si l'on pourrait les placer soit aux magasins de la ville soit dans une autre église moins importante, soit dans la sacristie même de Saint François-Xavier, à la condition que la dimension des fenêtres se prêtât à cette adaptation. Elle ne pourra émettre un avis définitif à ce sujet qu'après s'être transportée tout entière à l'église Saint François-Xavier, comme elle l'a décidé antérieurement. »

L'année suivante la décision est prise «…. Il est donné lecture d'une lettre de M. Maréchal père, contenant deux propositions relatives aux vitraux de l'église Saint François-Xavier. M. Maréchal offre ou de modifier les verrières, dans le sens des observations faites par la commission ou de remplacer les scènes par de simples figures. Ces propositions ne semblent pas acceptables: d'une part, on ne croit pas à la possibilité de remédier aux défauts graves que la commission a constaté dans les vitraux de M. Maréchal. D'autre part, on craint que de nouvelles figures ne soient conçues et exécutées selon les mêmes errements.

En conséquence et à la suite d'une discussion approfondie, la commission entrant dans les vues de M. Uchard architecte de l'église Saint François-Xavier, émet l'avis que les vitraux dont elle a déjà demandé l'adaptation aux fenêtres de la sacristie, soient remplacés, dans l'édifice par de simples grisailles, et que la dépense à faire de ce chef, soit imputée sur les crédits de construction. Cette combinaison ne sera d'ailleurs qu'un échange, les fenêtres de la sacristie devant, dans les plans de l'architecte, être pourvus en vitraux en grisailles. »

Les deux vitraux de Saint Denis et Saint Geneviève déplacés dans la sacristie des prêtres. (Interdit au public)

Saint Denis

Saint Denis

Sainte Geneviève

Sainte Geneviève

Projet de croix sur fond bleu et bordure pour les chapelles du transept (esquisse, dessin sur carton, 1876)Le 23 février 1876, notre architecte envoie son rapport «Par sa lettre du 16 courant M. Maréchal, peintre verrier, demande a exécuter les vitraux qui doivent remplacer les sujets qu'il a exécutés pour les deux chapelles du transept afin de transporter ces sujets dans la sacristie des messes et propose de les décorer par des croix sur fond bleu dans des médaillons qui occuperaient chacun des panneaux de ces deux fenêtres (voir le dessin ci-joint envoyé par monsieur Maréchal). Ce serré de croix a paru au soussigné un motif assez banal qui n'indique pas la destination de la chapelle dédiée, l'une à St Denis, l'autre à Ste Geneviève.

Esquisse sur calque (vitraux du transept et de la sacristie des mariages, 1876)Il aurait désiré y voir représenter soit des sujets tirés de la vie des saints mais d'un aspect plus calme et plus en harmonie avec l'architecture de l'église que ceux exécutés, soit les figures de St Denis et de Ste Geneviève encadrées dans des motifs d'architectures dans le style de la renaissance et dont il donne un essai sur un calque joint au présent rapport. Le soussigné pense donc, puisqu'il lui est impossible aujourd'hui de réaliser ce désir, qu'il est inutile de faire faire des vitraux aussi peu satisfaisants et qu'il serait préférable, pour une décoration provisoire, d'utiliser les vitraux de forme mosaïque qui sont aujourd'hui dans la sacristie où l'on doit mettre les sujets et dont le calque est ci-joint. On réaliserait ainsi une économie que l'on pourrait employer utilement plus tard.

Voici donc ce que le soussigné propose.

1° Placer dans la sacristie des messes les deux verrières qui sont actuellement dans les fenêtres du transept et mettre dans ces fenêtres les vitraux de la dite sacristie.

2° Commander à M. Maréchal des grisailles pour les 4 chapelles de la nef qui lui restent à exécuter pour compléter son travail. Le soussigné pense qu'une fois les travaux de M. Maréchal terminés et réglés il sera possible de s'occuper de la réfection des vitraux des deux chapelles du transept et propose, ainsi qu'il l'a déjà dit, d'y mettre deux sujets tirés de la vie de St Denis et de la vie de Ste Geneviève ou bien les deux figures du Saint et de la Sainte sur un fond d'architecture et d'ornements analogues au croquis ci-joint. Seulement il pense comme la commission qu'il faut éviter de donner ce travail à M. Maréchal qui pourrait retomber dans les mêmes errements et propose de confier ces vitraux à M. Oudinot qu'il avait déjà désigné dans son premier rapport.

Enfin pour plus de garantie il serait d'avis de faire faire les cartons de ces deux vitraux par un peintre soit qu'il s'agisse de 2 sujets, soit qu'il s'agisse de simples figures. Signé Uchard. »

L'administration clôture le dossier en ces quelques mots « Monsieur, J'ai reçu votre rapport du 23 février dernier au sujet des vitraux de l'église St François-Xavier. Il n'y a pas lieu, pour le moment de faire de nouveaux vitraux pour le transept. On se bornera à y placer ceux qui sont actuellement dans la sacristie et qui doivent être remplacés par les deux verrières à figures. »

Voilà pourquoi ces deux superbes vitraux ont terminé leur parcours dans la sacristie des prêtres.

Il ne nous reste plus que les quatre chapelles latérales de la chapelle de la Sainte Vierge (cette dernière fera l’objet évidemment d’une chronique séparée, tant il y a à dire).

Prenons le côté gauche et la première chapelle après la sacristie des prêtres

Les initiales SL sur le vitrail sont celles de Saint Louis et quelques années après elle passera sous le vocable de Sainte Anne.

Stand de presse

Vitrail de Saint-Louis

Chapelle Saint-Anne transformée en vestiaire

Elle servira de longues années de stand de presse, occasionnellement de vestiaire pour les prêtres (plus de 200 prêtres présents pour le 350ème anniversaire des Missions Etrangères en 2008) puis en 2006 la statue de Sainte Anne et Marie enfant est mutée à la chapelle du Sacré-Cœur comme les statues des trois autres chapelles latérales.

La seconde chapelle, d’une seule travée comme les trois autres, a été dédiée à Saint Joseph. Ce dernier, passant dans une plus grande chapelle du côté de la nef, laisse place à Notre-Dame de Lourdes qui déménage en 2006 dans la chapelle du Sacré-Cœur et en 2009, lors d’une grande célébration, une statue de Notre-Dame de Fatima est bénite par l’évêque de Madère puis est installée par la communauté portugaise de notre paroisse et son aumônier.

Bénédiction de Notre-Dame de Fatima

Installation de la statue

Vitrail de Saint Charles BorroméeLa première chapelle après la sacristie des mariages, côté droit, a été dédiée au Sacré-Cœur puis , comme pour Saint Joseph, il est affecté côté nef et Saint Charles Borromée vient le remplacer. Ce dernier traversant le mur pour passer dans la chapelle suivante, laisse la place à Saint Louis qui était dans la chapelle juste en face, du côté gauche de la chapelle de la Ste Vierge.

Cette chapelle contient deux œuvres d’art majeure: le tableau ‘La Crucifixion de St Pierre’ de L.Giordano (don de Mme la Baronne de Teil) tableau qui sera classé monument historique en 1950 par le ministre de l’éducation nationale et le confessionnal personnel du curé.

Vitrail de Saint Jean l'EvangélisteLa toute dernière chapelle de notre visite appartenait à Saint Jean l’Evangéliste.

Affecté lui aussi du côté de la nef, il cède sa place à Saint Charles Borromée. Tout deux finissent par se volatiliser (!) et Saint Antoine de Padoue les remplace.

Pendant de très nombreuses années elle a abrité notre célèbre tableau ‘la Cène’ du Tintoret. Il est prêté pour une exposition (l'art religieux à Venise 1500-1600) au musée Chagall de Nice et sera nettoyé et vernis à cette occasion. Cette intervention fera apparaître que la toile est en bien mauvais état et la ville demande au curé de placer le tableau autre part car il a subi des dégâts des eaux provenant, selon l'enquête, d'infiltrations d'eau dans le mur dues à des gouttières et tuyaux d'évacuations abîmés. Et voilà cet autre magnifique don de Mme la baronne de Teil dans la sacristie des mariages en 1979 où il a d’ailleurs été superbement restauré à l’initiative de la ville de Paris puis inauguré le 10 avril 1996, le même jour que la bénédiction de notre Grand Orgue tout nouvellement restauré.