Les grâces de l'Eucharistie (Conférence au Sacré-Coeur de Montmartre)
Pèlerinage paroissial à Montmartre
Conférence au Sacré-Coeur
Vendredi 7 mai 2010
Quelle grâce de nous retrouver en ce premier vendredi du mois dans cette basilique consacrée au Cœur du Christ, signe de la tendresse et de la miséricorde divine, heureux de retrouver les pèlerins du sanctuaire. Ce soir, ce sont les paroissiens de Saint-François-Xavier qui se retrouvent dans cette basilique pour rendre grâce de tout ce qu’ils ont vécu tout au long de la mission faite en mars dernier sur leur quartier. Répondant à l’appel du Cardinal, ils ont voulu annoncer la Bonne Nouvelle en prenant au sérieux la parole du Christ : « Allez, de toutes les nations faites des disciples ».
Lors de la seconde assemblée paroissiale, le Père Fabre avait montré combien l’Eucharistie était source et sommet de l’Evangélisation. En venant au Sacré-Cœur, nous retrouvons le thème de l’Eucharistie qui est adoré ici même depuis cent vingt cinq ans sans interruption, (l’année jubilaire s’ouvrira le 4 juin 2010 par le Cardinal André Vingt-Trois).
Pour achever cette année de « paroisse en mission » consacrée à l’Eucharistie, je vous propose de méditer quelques instants avec vous sur les grâces que nous recevons au cours de la messe.
1) La Communion accroît notre union au Christ. (CEC 1391)
S'établit une circulation de vie, une communication de biens, une unité d'amour.
Notre Cœur s'unit au sien. Ensemble nous adorons, nous aimons, nous rendons grâce. Nous nous livrons au Père.
Son amour et notre amour sont parfaitement unis. Nous portons le Verbe Incarné, le Verbe plein de la vie du Père et de l'Esprit. C'est dire que la communion nous donne les Trois Personnes divines : "Si quelqu'un m'aime, il gardera ma Parole et mon Père l'aimera et nous viendrons à Lui et nous ferons chez lui notre demeure" (Jn 14, 23). Nous devenons alors un véritable Temple Saint et au sein de ce Temple les Trois Personnes divines ne restent pas inactives : le Père y engendre le Fils ; le Père et le Fils y produisent l'Esprit Saint.
En recevant le Corps du Christ, nous recevons la vie que le Christ tient du Père. "Qui mange ma Chair et boit mon Sang, demeure en moi et moi en Lui. De même qu'envoyé par le Père, qui est vivant, moi, je vis par le Père, de même celui qui me mange vivra,lui aussi, par moi" (Jn 6, 57).
Conduit au Père par Jésus et à Jésus par le Père, entraîné dans leur mutuel amour, je suis dans l'Esprit Saint, mouvement éternel de l'Amour du Père et du Fils.
On comprend alors les mots de Sainte Elisabeth de la Trinité : "Il me semble que rien ne dit plus l'amour qui est au Cœur de Dieu que l'Eucharistie ; c'est l'union, la consommation. C'est Lui en nous et nous en Lui. N'est ce pas le ciel sur la terre, le ciel dans la foi en attendant la vision face à face tant désirée ? Alors, nous serons rassasiés quand sa gloire apparaîtra, quand nous le verrons en sa lumière".
C'est dans l'Eucharistie que vous exercez pleinement votre sacerdoce baptismal, appelé aussi sacerdoce commun des fidèles.
Ce sacerdoce consiste à nous offrir au Seigneur. Mais comment le faire seul ? Je ne peux le faire que dans le mouvement du Fils au Père ; c'est dire que pour vivre de la grâce de l'Eucharistie, il faut que je participe à l'acte eucharistique du Christ, qui est l'acte d'offrande par excellence.
"C'est l'idée d'offrande qui est la clef de toute la célébration eucharistique : "Prions ensemble, dit le prêtre, au moment d'offrir le sacrifice de toute l’Église ". Qu'offrons-nous alors, et à qui l'offrons-nous ? Nous offrons le Christ, et nous l'offrons au Père. La prière eucharistique tout entière s'adresse au Père, par le Christ, avec Lui et en Lui" (Apprendre à prier p.78).
Jean-Paul II en 1980 à la Basilique du Sacré-Cœur de Montmartre disait : "Dans la Sainte Eucharistie, nous communions au Christ lui-même, unique prêtre et unique hostie, qui nous entraîne dans le mouvement de son offrande et de son adoration, Lui qui est la source de toutes grâces. Dans la Sainte Eucharistie - c'est aussi le sens de l'Adoration perpétuelle -, nous entrons dans ce mouvement de l'Amour d'où découle tout progrès intérieur et toute efficacité apostolique : "Quand j'aurai été élevé de terre, j'attirerai à moi tous les hommes". (Jean 12, 32).
C'est bien le Christ qui nous entraîne dans cet acte d'offrande. Par l'Esprit Saint, nous devenons à notre tour, "vivante offrande à la louange du Père".
2) La communion fait grandir la présence Trinitaire
Au baptême, nous avons reçu la Trinité ; le Catéchisme dit "la vie de grâce". L'Eucharistie conserve, accroît et renouvelle cette vie de grâce (CEC 1392). L'Eucharistie fait grandir la présence Trinitaire en nous.
N'oublions pas que notre vie spirituelle est dynamique.
Pour reprendre Saint Irénée, par le péché originel, nous avons perdu la ressemblance d'avec Dieu ; par le baptême, nous retrouvons cette ressemblance et par les grâces de l'Eucharistie nous ressemblons de plus en plus au Père.
(18) – « L’Eucharistie est tension vers le terme, avant-goût de la plénitude de joie promise par le Christ… »
Nous possédons déjà la vie éternelle. « Avec l’Eucharistie, on assimile pour ainsi dire le secret de la résurrection ».
(19) – « L’Eucharistie est vraiment un coin du ciel qui s’ouvre sur la terre ! C’est un rayon de la gloire de la Jérusalem céleste, qui traverse les nuages de notre histoire et qui illumine notre chemin. »
Jean-Paul II nous rappelle l’importance de la communion des saints et ainsi notre propre vocation à la sainteté. N’oublions pas alors cet autre fruit.
3) La Communion nous sépare du péché. (CEC 1393)
"L'Eucharistie ne peut pas nous unir au Christ sans nous purifier en même temps des péchés commis et nous préserver des péchés futurs"
Le Catéchisme ici reprend l'enseignement du Concile de Trente. L'Eucharistie pardonne les péchés. "Seigneur, je ne suis pas digne de te recevoir, mais dis seulement une parole et je serai guéri".
Mais il ne faut pas séparer le sacrement de l'Eucharistie de celui de la Réconciliation. Recevoir le Corps du Christ n'est pas un acte banal ; nous devons nous préparer à ce moment si grand et si saint. Le Catéchisme précise bien "que celui qui est conscient d'un péché grave doit recevoir le sacrement de la Réconciliation avant d'accéder à la communion" (CEC 1385).
Ainsi recevoir le Christ peut nous inviter à la conversion et à recevoir ensuite son pardon ; mais il me semble important de réentendre Saint Paul en 1Co 11, 27-29.
"Quiconque mange ce pain ou boit cette coupe du Seigneur indignement aura à répondre du Corps et du Sang du Seigneur. Que chacun donc s'éprouve soi-même et qu'il mange alors de ce pain et boive de cette coupe ; car celui qui mange et boit, mange et boit sa propre condamnation, s'il n’y discerne le Corps".
Si le péché véniel affaiblit la charité sans la détruire, l'Eucharistie fortifie la charité, puisque nous sommes dans l'ordre de l'Amour. Et cette charité vivifiée efface les péchés véniels. Par la grâce de l'Eucharistie, je suis devenu capable de rompre des attachements désordonnés. L'Eucharistie m'apprend à me déposséder. C'est là la richesse de l'Incarnation. Le Christ a tout assumé et nous permet de vivre la Loi nouvelle. Cette Loi est sûrement plus difficile à vivre que le Décalogue, mais nous avons les moyens de la vivre par la grâce. C'est pourquoi Jean-Paul II dans "Véritatis Splendor" a pu écrire : "Dans certaines situations, l'observation de la loi de Dieu peut être difficile, très difficile, elle n'est cependant jamais impossible" (V. S. 102).
« Quant au péché mortel, nous en sommes préservés, si là encore nous nous appuyons sur la grâce de l'Eucharistie. » (CEC 1395).
Peut-être faut-il rappeler le catéchisme : "Le péché mortel détruit la charité dans le cœur de l'homme par une infraction grave à la Loi de Dieu ; il détourne l'homme de Dieu, qui est sa fin ultime et sa béatitude en lui préférant un bien inférieur". (CEC 1855).
"Pour qu'un péché soit mortel trois conditions sont requises : est péché mortel tout péché qui a pour objet une matière grave, et qui est commis en pleine conscience et de propos délibéré ". (CEC 1857).
C’est dire que l’Eucharistie nous aide dans notre combat spirituel parce que nous progressons dans l’amitié de Dieu ; parce que le Christ est en nous, lui qui est victorieux de toutes tentations.
(20) – « Proclamer la mort du Seigneur “ jusqu’à ce qu’il vienne” implique, pour ceux qui participent à l’Eucharistie, l’engagement de transformer la vie, pour qu’elle devienne, d’une certaine façon, totalement eucharistique. » C’est là le dernier fruit de l’Eucharistie.
4) L'Eucharistie et la Charité
La grâce reçue nous invite à nous engager envers les pauvres ; c'est, j'allais dire, l'aspect compromettant de ce sacrement. On n'en ressort pas indemne! Portant en nous la charité, nous ne pouvons désormais qu'en vivre.
Il s'agit pour nous de reconnaître le Christ dans les plus pauvres (Mt 25). Pour cela il faut changer nos regards. Or, l’une des grâces de l'Adoration est la charité parce qu'elle guérit nos yeux et nous prépare à la vision de Dieu.
Je voudrais conclure en évoquant avec vous l’adoration eucharistique.
Il y a de nombreux chemins pour entrer dans l’Adoration. Je souhaite vous en tracer un, accessible à tous.
Tout d’abord, la mise en présence de Dieu.
Elle commence par un signe de Croix, qui va me plonger dans le mystère Trinitaire et dans le cœur de l’Eucharistie.
Face au Seigneur, je ne peux que me reconnaître pécheur et pécheur pardonné. En effet, en présence de l’Amour miséricordieux, je peux ouvrir mon cœur avec confiance et présenter au Christ mes blessures.
C’est alors l’invocation à l’Esprit-Saint : L’Esprit vient au secours de ma faiblesse et m’aide à entrer dans l’acte eucharistique du Christ, c’est-à-dire dans son acte d’offrande à son Père.
Ces trois moments me préparent à entrer dans le silence et à descendre en mon cœur.
« Reviens vers ton cœur » dit Saint Augustin.
L’hôte intérieur.
Dans un monde agité, il n’est pas facile de descendre en son cœur et surtout d’y demeurer. Mais le Christ, lui, demeure en nous.
« Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, et mon Père l’aimera et nous viendrons vers lui et nous nous ferons une demeure chez lui. » (Jn 14, 23)
Il faut du temps. Ne pas hésiter à fixer ses yeux sur le Christ réellement présent en son Eucharistie.
Trois thèmes… il y en a beaucoup d’autres !
- Seigneur, apprends-moi à devenir avec toi, vivante offrande à la gloire de Dieu le Père, puisque telle est notre vocation.
- Rm 12,1 « Je vous exhorte, par la miséricorde de Dieu, à offrir vos personnes en hostie vivante, sainte, agréable à Dieu : c’est là le culte spirituel que vous avez à rendre. »
- Offrir tout son être, ses joies et ses peines, ses difficultés, ses questions…
S’offrir à Dieu pour se donner aux autres.
- Seigneur, fais grandir en moi l’amour.
C’est l’aspect « compromettant » de l’Eucharistie : Comme le Christ s’est donné totalement, nous sommes invités à nous donner sans compter.
« Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. » (Jn 15, 13)
- Mais cet Amour jaillit de la vision de Dieu : « Je veux voir Dieu »
Cette adoration habitue nos yeux à voir Dieu ; mieux, elle les guérit.
Cyrille de Jérusalem au IVème siècle, dans sa catéchèse mystagogique, qui explique le déroulement de la messe, écrit à propos de la communion : « Avec soin, sanctifie tes yeux par le contact du Saint Corps puis prends le et veille à n’en rien perdre. » (Mystagogie V, 21).
Et il poursuit à propos du précieux sang : « Sanctifie-toi en prenant aussi du sang du Christ et tandis que tes lèvres sont encore humides, effleure-les de tes mains, et sanctifie tes yeux, ton front et les autres sens. » (V, 22)
Mais n’oublions pas que ce n’est pas nous qui regardons, mais le Christ qui nous regarde. « N’aie pas peur, laisse-toi regarder par le Christ, car il t’aime. »
Ce face à face nous prépare à notre entrée dans le Vie. « Alors, nous le verrons tel qu’ll est. » 1ère Jn 3,2.
Nous pouvons également ouvrir la Parole de Dieu et lire deux ou trois versets et dans le silence de notre cœur, sous le regard du Christ, laisser parler la Parole.
« La manducation de la Parole ».
Cela nous permet de faire le lien entre les deux tables : celle de la Parole et celle du Pain Eucharistique.
Le temps d’adoration s’achève par une prière d’intercession et par le Notre Père, sans oublier le signe de Croix.
Copyright © 2010 Mgr Patrick Chauvet pour SFX.


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