Tympan et arcade du choeur

Date de l'Evènement: 
Dim, 26/12/2010 - 17:17

Nous connaissons François-Xavier, le missionnaire zélé au sein des peuples principalement de l'Inde et du Japon qui en fait le Saint Patron de la Paroisse des Missions Etrangères par élection naturelle mais il est à noter deux événements qui marquent cette élection.

Au cours du 17ème siècle après l'arrivée de Monsieur Vincent et de ses collaborateurs venus dans ce quartier de Saint-Germain, véritable rendez-vous des fripons de la capitale, pour y soulager d'innombrables misères et qui amorça une transformation tenant du prodige, M.Olier reçut la cure de Saint-Sulpice. La réforme commencée continua, il partagea le vaste territoire confié à son zèle en huit quartiers placés chacun sous la protection de la Sainte Vierge au titre d'une de ses fêtes; le nôtre, le sixième, fut désigné au titre de l'Enfantement de Marie. N'est-il pas significatif non plus ce fait que M.Olier eût une spéciale dévotion à Saint François-Xavier et confiât son troupeau à sa protection vigilante ? L'autre fait est qu’en 1842, deux ans après son arrivée comme curé de notre paroisse, M.Dumarsais sut obtenir que notre paroisse fût placée sous le patronage de Saint François-Xavier.

Le sujet de la grande composition du tympan de l’arcade et de l’archivolte (ou grand arc) au-dessus du chœur et de son grand autel n’a pas bénéficié de la même élection naturelle, en tout cas pas en première intention. Il n’est pas rare qu’un projet artistique soit modifié, voire bouleversé, en cours d’étude. Ce qui captive l’attention réside dans le déroulement de son exécution et lorsque la destinée de l’œuvre est d’être détruite lors de sombres évènements de l’histoire de France pour renaître d’un regard nouveau toujours tourné vers le beau, cela donne le récit suivant :

Pierre noire sur papier (carreau)Il ne faut pas oublier que la coupole où vont être représentés les douze apôtres ne figure pas dans le devis général, aussi lorsque l’arrêté préfectoral de 1868 mentionne douze figures, il n’est pas étonnant de voir celles des apôtres dans le tympan de l’arcade, partie dominante du sanctuaire, avec comme titre ‘la Mission des Apôtres’. Mais St François-Xavier n’y figure pas, pas plus que la décoration de l’archivolte.

Elève d’Ingres, Romain Cazes soumet très rapidement une esquisse à la commission des Beaux-arts qui en fait unanimement l’éloge et procède à la commande définitive.

De tous les artistes peintres œuvrant pour notre église, il est le seul à pouvoir honorer sa commande dans les mois qui vont suivre et la présenter dès 1869.


Cinq études de mains (Pierre noire et blanc sur cinq papiers)

Apôtre (étude à la mine de plomb)

Car contrairement à ce que l'on pourrait penser la commande est non pas une peinture murale mais un monumental tableau, qu'il va réaliser en atelier, aux mêmes dimensions (7m25 x 4m50) et forme que le tympan de l'arcade où il devra être fixé.

Esquisse de 1869

Le sujet est souligné par cette parole du Christ de l'Evangile de Marc tirée du chapitre XVI, verset 15. EUNTES PRAEDICATE EVANGELIUM OMNI CREATURAE (dont la phrase complète est "euntes in mundum universum praedicate evangelium omni creaturae" c'est-à-dire "Allez dans le monde entier, proclamez l'Evangile à toute la création" ou "Allez par tout le monde; prêchez l’Evangile à toute créature").

Cette phrase a bien été conservée mais déplacée plusieurs années après dans le grand arc surplombant le chœur, à la suite de l'évolution et des changements dans la décoration.

Apôtres (étude à la mine de plomb sur papier)

L'église ne peut recevoir ce tableau d'autant plus que des problèmes avec les entrepreneurs ralentissent les travaux qui sont stoppés par la guerre de 1870 et ces entreprises ne reprendront jamais les travaux comme le tableau ne verra jamais le jour à Saint-François-Xavier. Ne pouvant être placé dans une église inachevée le tableau est exposé dans un salon au palais de l'Industrie.

Palais de l'industrie (détruit à partir de 1896)Ce palais construit en 1855 dans ce qu'il y avait de plus monumental en fer, 208 mètres de long et situé Ave des Champs-Elysées à l'emplacement du Petit et Grand palais, recevait des salons qui permettaient aux artistes, très sélectionnés, de se faire connaître et de se voir attribuer des commandes. Ce salon est une magnifique occasion pour l'Impératrice Eugénie de remarquer le tableau mais aussi de le précipiter vers son destin tragique.

Pendant le siège de Paris elle le fait transporter pour orner une des salles transformées en ambulance, dans le palais des Tuileries qui recueille les blessés. A la suite de la constitution du nouveau gouvernement d'Emile Ollivier, huit préfets sont révoqués dont celui de la Seine et M.Haussmann quitte Paris pour se cacher sous un faux nom tandis que Napoléon III est fait prisonnier le 3 septembre. Le 4, la République est proclamée à l'Hôtel de ville de Paris et la déchéance de Napoléon III sera votée l'année suivante. Une époque tragique se termine; une autre commence avec la Commune qui fait exécuter six otages dans la cour de la prison de la Roquette dont le Cardinal-Archevêque de Paris Mgr Darboy après le refus des négociateurs Versaillais d'effectuer un échange avec le vieux révolutionnaire Auguste Blanqui. Après avoir pillé les caves du Palais des Tuileries au mois de mars 1871 les communards y mettent le feu dans la nuit du 23 au 24 mai, ce même 24 mai où Mgr Darboy est fusillé. Un brasier qui dure trois jours et trois nuits et le tableau "La Mission des Apôtres", laissé aux Tuileries après l'armistice du 28 janvier 1871, ne pouvant toujours pas trouver place dans notre église, disparaît dans les flammes parmi tant d'autres chefs-d’œuvre et quelques jours seulement avant que la Commune ne prenne fin le 28 mai de la même année.

Grâce à l’intervention de Mr Victor Delzant, paroissien et tout nouvellement nommé conseiller municipal du VIIème, et de ses hautes relations qui lui permettent d’obtenir les subsides nécessaires pour achever la construction et réparer les dégâts subis dans le chantier au cours de la guerre, les travaux de maçonnerie reprennent dans notre église fin 1871 et avec de nouveaux entrepreneurs. Une note en date du 18 juillet 1872 évoque une perspective de fin des travaux « Comme les crédits alloués pour la construction ne sont que de 200 000 frs par an il est prudent de ne compter sur la livraison que pour l'année 1874 » puis deux autres en 1873, dans des termes d'architecture et de chantier de l'époque ou tel un menu d'un grand restaurant, nous donnent le décompte définitif des ouvrages de travaux exécutés en maçonnerie pour l'exercice 1872-73, goûtez plutôt : « Régalage (travail qui consiste à niveler un terrain) et pilonnage, transport à 1 relaie au seau et montage, passage à la claie (treillis d'osier à claire-voie), Brique neuve façon Bourgogne de Vaugirard, Ciment romain de Bourgogne 1ère qualité, Enduit en ciment dit de Portland du bassin de Paris sur meulière neuves (pierre à surface rugueuse, variété de calcaire) pour fosses, crépi en mortier de chaux de St Quentin, Meulières neuves en fondation et ciment romain de Bourgogne et pour voûtes, Moellon neuf (pierre maniable en raison de son poids et de sa forme, entre bloc et caillou) et plâtre pour arc ogival, Liais neuf de Bagneux (pierre calcaire, dure, d'un grain très fin) pour assises posées, Roche neuve d'Euville (calcaire, pierre dure, résistante au gel, utilisée dans la construction et la statuaire) pour assises posées, Banc royal de Méry (banc de couche inférieure, calcaire d'aspect blanc à grain fin et serré, ton chaud) traitable pour assises posées en incrustation par morceaux contigus ou isolés, Dallage, morceaux ou linéaire de morceaux en banc royal, Chèvre et son équipement (appareil de levage composé le plus souvent de trois poutres disposées en pyramide triangulaire dont le sommet soutient une poulie manœuvrée à l'aide d'un treuil), madriers, boulins (traverse supportant un échafaudage) et échasses, cordage et chandelles au Kg, Fouille en rigole jet sur berge. » ou en menuiserie « Pénétrations au ciseau bien ajustées, Assemblages flottés d'onglet sur chêne dressé, Dérasements (abaisser à niveau) à 1/2 bois au ciseau dressés sur chêne, Chantournement (découper ou évider suivant un contour donné) en console, Cannelures à la gouge, Parement corroyé sur chêne (dégrossir au rabot), Collage en plein bain de colle, Crossettes en chêne (jeunes branches taillées en forme de crosse), Coinçons de châssis en chêne ajustés et collés, Voyages de voiture à un cheval avec chargement complet. »

Pendant ce temps notre architecte tente de faire reprendre la décoration malgré le manque de crédits et l’annulation de toutes les commandes, mais il sait que notre église ne peut rester sans décoration. Il semble bien que son premier et légitime souci sous forme de campagne de sensibilisation à l'adresse de l'administration soit la reproduction du tableau brûlé aux Tuileries. Dès le mois de décembre le service des Beaux-arts reçoit un mémoire de fourniture de toile et de châssis pour une somme de 525frs et le courrier du chef de la 1ère division des travaux de Paris, M.Michaux qui rédigera en 1876 un inventaire général des richesses d'art de la France en utilisant les notes de M.Uchard écrites en octobre 1875 pour la partie concernant Saint François-Xavier, demande « si cette dépense peut être imputée sur les imprévus, et, dans ce cas, à combien se monte la somme réservée pour frais imprévus ». Il lui est répondu positivement avec un montant de 134 374,45 frs, somme faisant partie du budget adopté en 1865 pour la reprise des travaux avec Mr Uchard, et un arrêté préfectoral ratifie cette demande en précisant « inscrit au budget extraordinaire de trésorerie 1871 ch.28 art 2 église Saint François-Xavier. »

Mr Uchard n'en reste pas là. Par son courrier du 10 avril 1872, il fait un bref récit du triste sort du tableau puis il effectue sa demande : « La perte de cette peinture est d'autant plus regrettable qu'elle avait été reçue avec éloges par la commission des beaux-arts et que j'en étais très satisfait sous le rapport de la décoration intérieure de l'église avec laquelle elle avait été étudiée. J'ai donc le plus grand désir de la voir refaire et nul autre que son auteur ne peut être chargé de ce travail. En conséquence je propose de confier de nouveau à M.R.Cazes la décoration du sanctuaire de l'église Saint François-Xavier par la reproduction de son tableau détruit ; "la Mission des Apôtres". Le soussigné fait cette proposition maintenant bien que d'après la marche actuelle des travaux, il n'y ait pas lieu d'espérer que cette peinture puisse être commencée avant la fin de l'année prochaine. Mais il lui a paru nécessaire de prévenir la Direction de la perte de ce tableau afin qu'elle avise au moyen de le remplacer et il propose de le confier de nouveau à M.Cazes non seulement parce qu'il était satisfait de son travail mais encore parce que cet artiste ayant conservé son esquisse et ses cartons peut mieux que personne reproduire son oeuvre rapidement et dans des conditions avantageuses pour l'administration. »

Etudes des visages du Christ et de 4 apôtres (pierre noire et blanc sur papiers)

Le directeur des travaux de Paris lui répond négativement mais désire savoir s'il restera après l'achèvement de l'église les fonds nécessaires au paiement de ce nouveau travail, ce que l'architecte s'empresse de répondre « tout en ne pouvant prévoir d'une manière positive la dépense à faire pour chaque nature de travail, le soussigné croit pouvoir espérer cependant que la maçonnerie n'atteindra pas son chiffre et croit dans tous les cas qu'il sera possible d'imputer cette dépense assez minime sur le chiffre des imprévus qui s'élève à la somme de 134 374,45 frs. »

Comme il le pressentait, il ne reçoit l’accord de reprendre la décoration qu’au mois de juillet de 1873. Il s’empresse de reprendre sa campagne de sensibilisation « Par une lettre du 1er courant le soussigné est consulté sur la somme qu'il croit devoir être allouée à M. R.Cazes pour la reproduction de son tableau, " la mission des apôtres ", en tenant compte de ce que l'artiste possède aujourd'hui pour l'exécution de ce nouveau travail, son esquisse et ses études. Le soussigné estime que les travaux préparatoires que l'artiste a du faire, tels qu'esquisses, cartons, frais de modèles etc. peuvent s'élever à 1500 frs. En conséquence il propose de réduire à 7500 frs le prix de ce tableau qui était porté à 9000 frs pour l'exécution promise.
NB Le tableau se compose de 12 figures plus grandes que nature. Les dimensions du tableau 1/2 circulaire par le haut, sont de 7 mètres de large sur 5 mètres de haut, sa surface est de 29m75 environ.
»

Il soutient sa demande en imputant ces dépenses sur la réserve des imprévus mais il lui est répondu que cette réserve n’existe plus. Heureusement le conseil municipal vote de nouveaux crédits dont il reste à effectuer la répartition et il invite l'architecte à s'entendre avec le 1er Bureau de la Division d'architecture afin d'obtenir la part nécessaire pour la réfection du tableau dont il s'agit. Selon une note du mois de novembre la commission des Beaux-arts, constatant la nécessité et l'urgence des travaux demandés par M. Uchard, émet un avis favorable à leur exécution immédiate, elle a en même temps désigné comme pouvant être chargés de leur exécution, M. R. Cazes auteur du tableau détruit.

N'étant point du tout avare d'idées, notre architecte ne présente en outre aucune gêne à présenter de nouveaux projets à l'administration à preuve son rapport du 10 novembre, toujours de l'année 1873

« Rapport de l'architecte du VIIè arrondissement sur un supplément de figures au-dessus du sanctuaire de l'église St François-Xavier. En étudiant la décoration des voûtes de l'église St François-Xavier, le soussigné, a reconnu la nécessité d'étendre la peinture d'histoire au-dessus du sanctuaire jusqu'à la voûte de la nef, de manière à lui faire occuper la largeur de l'église et à donner à cette partie de la décoration toute la grandeur possible. Pour rendre sensible cette nécessité, le soussigné présente une perspective du fond de la nef dans laquelle on voit que la peinture, la mission des apôtres, paraîtrait bien petite si elle n'était accompagnée des figures indiquées dans l'arc qui l'enveloppe, lesquelles figures, en se reliant avec le sujet central, le font compter de toute la largeur de la nef. En conséquence, le soussigné demande l'autorisation de faire exécuter ces figures dont l'esquisse a été faite par M.Romain Cazes et propose d'en confier l'exécution à cet artiste comme une extension du sujet de son tableau et de l'avantage à tirer de l'harmonie qui résulte d'un ensemble exécuté par la même main. Ce travail devant être fait avant l'enlèvement de l'échafaudage du sanctuaire qui doit être effectué vers le mois d'avril prochain, il serait désirable qu'il fut autorisé de suite. Cette dépense pourrait être imputée, comme celle de la coupole, sur le crédit des beaux-arts de l'église St François-Xavier porté au budget de 1873 et sur les mêmes fonds à autoriser dans les budgets à venir pour le même édifice. »

Parmi tous ces courriers traitant de décorations, fin novembre voit s'introduire presque furtivement cette note « Prévision de la livraison de Saint François-Xavier en avril 1874 mais plus de sûreté en juillet donc il convient de ne donner congé du local provisoire (les missions étrangères) que pour le terme de juillet suivant. »

Et le cours des discussions reprend autour de notre fameux tableau dont le destin va définitivement s'achever cette fois-ci pour renaître sous forme d’une peinture murale telle que nous la connaissons maintenant mais après combien de suggestions, modifications et d'esquisses. Une peinture prend forme sous nos yeux, le tympan de l'arcade et l'archivolte du Chœur se découvrent...

« Extrait du Procès-Verbal. Une sous-commission spéciale de peinture s'est réunie le 22 novembre courant pour examiner sur place les questions qui se rattachent à la décoration du sanctuaire de l'église saint-François-Xavier, et elle a formulé ses observations dans le rapport suivant : Une sous-commission s'est réunie le 22 courant dans l'église Saint-François-Xavier pour examiner le projet et le commencement d'exécution de la décoration picturale de la voûte du sanctuaire : M.Uchard, architecte de l'église propose d'étendre la peinture au-dessus du sanctuaire jusqu'à la voûte de la nef, de manière à lui faire occuper la largeur de l'église et à lui donner le plus d'ampleur possible. Telle qu'elle est actuellement projetée, la décoration se compose d'un tableau intitulé "la Mission des Apôtres". Cette peinture doit être entourée de figures peintes dans les arcs supérieurs enveloppant la voûte. L'auteur de ce projet est M.Romain Cazes. Malgré le mérite incontestable de l'esquisse qui lui a été présentée, la sous-commission préoccupée de la hauteur assez considérable à laquelle sera placé le centre de la composition a pensé qu'à cette distance, des sujets décoratifs comportant des figures manqueraient de relief, et de netteté, alors même qu'on les exécuterait pour tenir compte des exigences de la perspective à une même échelle que celles qui doivent décorer la travée circulaire. En conséquence on est d'avis qu'une grande figure en pied et assise du Christ suffisamment développée et aérée serait d'un meilleur effet que la composition proposée. On pense aussi que les figures décoratives des arcs supérieurs devront être remontées quelque peu vers les parties supérieures de ces arcs. Enfin on estime qu'en ajoutant dans les arcs des lignes d'architectures bien en harmonie avec le style général de l'édifice on donnerait à tout cet ensemble une plus grande légèreté. Dans le sens de ce rapport, la commission procède à l'examen du nouveau projet décoratif présenté par M. Romain Cazes. »

Une petite parenthèse se faufile dans ce concert de discussions sous forme d’interrogation : Où l’artiste (bien que rien n’affirme qu’il en est l’auteur) a-t-il puisé cette idée de représenter François-Xavier ? Le Christ étant toujours le personnage central mais dans une position assise plus imposante que celle debout, il n’était pas concevable de placer Marie sa mère d’autant plus qu’elle avait sa propre chapelle qui était en train de recevoir les plus belles décorations picturales, de jolies mosaïques décoratives et une grande statue, visible du bas de l’église, représentant Marie et l’enfant Jésus dans ses bras,. Dès lors notre Saint Patron s’imposait surtout qu’il n’était pas encore du tout prévu de faire exécuter une statue qui ne viendra que bien des années plus tard, en 1892.


Composition d’ensemble (pierre noire et blanc sur papier gris). Gravure (1870)

« La figure assise du Christ, principal motif de la composition centrale, n'a pas assez d'importance. Il conviendrait de la grandir et de descendre le demi-cercle qu'elle doit occuper jusqu'à l'inscription qui en remplit la ligne diamétrale. La suppression des deux personnages placés debout, à droite et à gauche, contribuerait également à la faire ressortir. Dans la partie supérieure de l'arceau qui enveloppe le demi-cercle, M.Romain Cazes propose de peindre un groupe dont la principale figure serait assise et à peu près dans la même attitude que le Christ placé au-dessous. Cette superposition ne semble pas heureuse. On constate d'ailleurs que la décoration projetée pour cet arceau comporte de trop grands vides, et l'on pense, d'accord avec la sous-commission, qu'il faudrait atténuer le fâcheux effet de ces vides au moyen d'un ensemble ornemental qui ne multiplierait pas trop les lignes concentrées. Des rinceaux d'un bon style, encadrant quelques figures, réaliseraient peut-être ce programme, qu'il appartient à l'architecte d'étudier, de concert avec les parties concernées pour un projet définitif. »

Quinze jours plus tard à nouveau réunie la commission précise un peu plus le projet définitif

Etude (pierre noire sur papier)« Le soussigné présente à la commission des Beaux-arts une étude peinte de la décoration du sanctuaire de l'église St François-Xavier modifiée d'après l'avis de la commission c'est-à-dire que le sujet principal qui représentait la mission des apôtres est remplacé par une grande figure du Christ auquel St François-Xavier présente les nations qu'il a converties, que les figures qui décorent le grand arc ont été relevées et que le nombre en a été augmenté de manière à faire disparaître les vides signalés dans le rapport, enfin que la figure assise en haut du cintre a été remplacée par le livre des évangiles. Les vides critiqués par le rapport n'existant plus le soussigné n'a pas cru devoir chercher un compartiment ou des rinceaux pour encadrer ces figures. Il pense q'un jeu de fond en or sur le ton d'ocre soit un treillis, soit un semis, soit des vielles, occuperait suffisamment les espaces que laissent les figures entre elles et les arcs qui les encadrent. Cependant il se conformera à la proposition de compartiments et de rinceaux si la commission ne renonce pas à cette idée. Signé Uchard. »

Deux études d'anges (mine de plomb sur papier)Deux études d'anges (mine de plomb sur papier)Une nouvelle esquisse présentée est à nouveau sanctionnée parce que l'artiste ne s'est pas suffisamment inspiré des dernières observations. C’est toujours une sous-commission spéciale de peinture qui se prononce sur des proportions à revoir, à donner plus d'importance aux deux personnages agenouillés (dont Saint François-Xavier) et à diminuer la figure du Christ quant au demi-cercle qui entoure cette composition « les figures d'anges disposées trop symétriquement semblent flotter dans le vague et laissent encore des vides qui nuisent à l'effet d'ensemble. »


Moitié gauche avec décoration, moitié droite sans (étude)

Une discussion générale s'engage et aboutit à adopter la proposition principale tout en se conformant aux observations précédemment indiquées et à modifier la légende empruntée à un texte de l'Ecriture Sainte sans rapport avec le nouveau sujet. En effet la légende qui convenait fort bien au tableau "la Mission des Apôtres" était LUMEN AD REVELATIONEM GENTIUM (Lumière pour éclairer les nations) provenant du Cantique de Syméon le " Nunc Dimittis " (Luc 2,29-32), sans rapport non mais la nouvelle phrase correspond encore mieux VENITE AD ME OMNES (Venez à Moi, Matthieu 11,28- 30)

De plus nous apprenons lors de cette séance que M. R. Cazes ne peut plus être le seul à réaliser cet ensemble qui se précise de plus en plus : « La décoration de l'archivolte semble plus difficile et plus ingrate. On ne peut en charger exclusivement M.Romain Cazes parce qu'elle appartient autant à l'art décoratif qu'à la peinture proprement dite. Aussi sur la proposition d'un de ses membres, la commission émet l'avis suivant : Ce qu'il convient d'adopter pour l'archivolte ou grand arc du sanctuaire, devra procéder dans une certaine mesure de formes géométriques ou architecturales. Les figures qu'on y placera seront accessoires et symboliques et s'agenceront avec les ornements qui formeront le fond et la partie la plus importante de la composition. En conséquence M. Romain Cazes est invité à s'entendre, tant avec Mr Uchard architecte du monument, qu'avec M.Denuelle peintre décorateur de l'église et à présenter le plus promptement possible, une nouvelle esquisse dans les conditions qui viennent d'être indiquées. »

Saint François-Xavier (étude, pierre noire et blanc sur papier)

Orant à genoux (étude, pierre noire et mine de plomb sur papier)

Un nouvel essai ne suffira toujours pas à décider la commission car elle reconnaît que, si M. A. Denuelle a cherché à se rapprocher du programme tracé par elle, il a du éprouver quelque difficulté à traduire par le pinceau des données un peu vagues. La nouvelle esquisse est trouvée sèche et décousue et la commission est amenée à replacer sous ses yeux la précédente qui offrait quelques avantages même si elle présente une sorte de procession d'anges contrairement au programme donné.

 

 

« Une discussion générale s'engage sur le mérite respectif des deux compositions et sur les emprunts qui pourraient être faits à l'une et à l'autre, pour en composer une troisième. M. le Préfet, présidant, résume les débats. La commission, désireuse de mettre un terme aux incertitudes de l'artiste et de l'architecte, décide que les divers projets présentés seront renvoyés à la sous-commission chargée des deux premiers examens et que M.M. Romain Cazes et Uchard seront mandés pour entendre les observations de la commission et présenter les leurs, et qu'enfin un dernier rapport lui sera fait à une prochaine séance. Pour extrait conforme, le chef du bureau des Beaux-arts, secrétaire archiviste. »


Esquisse d’ensemble sur papier beige

Toutes ces délibérations et observations pour cet ensemble prennent fin en janvier 1874.

   

Esquisses, projet final

avec un dernier projet d’ensemble présenté par A.Denuelle qui respecte l’harmonie entre figures, ornements et accessoires symboliques.


Esquisse de l’ensemble des peintures du dessus du chœur (A.Denuelle, 1874)

Les deux statues encadrant le tympan de l’arcade étaient censées, à l’origine, représenter la Justice et la Paix

Seule la légende LUMEN AD REVELATIONEM GENTIUM sera modifiée pour devenir VENITE AD ME OMNES. Des rinceaux de branches d’hysopes enroulées sont ajoutés pour encadrer les représentations symboliques des 4 évangélistes.

La décoration des voûtes du chœur, qui se compose, comme celle de la nef, d'un semis de rosaces, du monogramme de St François-Xavier, de caissons avec rosaces sur fond bleu et dans des phylactères, les noms des villes parcourues par François-Xavier, est réalisée par A.Denuelle. Enfin les symboles des trois vertus théologales dans des caissons sur fond bleu viennent coiffer le tympan de l’arcade pour donner ce splendide ensemble achevé en 1874.


La Foi

La Charité

L'Espérance

Le tympan et l'arcature du choeur dans leur aspect final
Le tympan et l'arcature du choeur dans leur aspect final.